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jeudi 8 avril 2021

Philosophie - Histoire de l'idée de nature

[Esquisse d'une] Histoire de l'idée de nature

Robert Lenoble

Éditions Albin Michel, Paris, 1969.

Coll. «L'évolution de l'humanité», 10.

448 pages.

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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mardi 30 mars 2021

Philosophie - Supplément au voyage de Bougainville


Supplément au voyage de Bougainville

Diderot

Éditions des Mille et une nuits, 1996.

Coll. «Diderot»; 88.

Illustrations.

10,5 x 15,0 cm; 80 pages.

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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samedi 20 mars 2021

Philosophie - Voltaire : À travers sa correspondance

À travers sa correspondance

Voltaire

Librairie Larousse, Paris, 1973.

Spécial: documentation thématique.

Coll. «Nouveaux classiques Larousse».

Illustrations.

160 pages.

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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vendredi 19 mars 2021

Livres et cahiers pratiques - Toi qui devient femme, déjà!

Toi qui devient femme, déjà!

Fabienne van Roy

Casterman, Paris, 1953.

13,0 x 19,5 cm; 270 pages.

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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vendredi 5 mars 2021

Sciences et techniques - Le phénomène humain


Le phénomène humain

Pierre Teilhard de Chardin

Éditions du Seuil, Paris, 1955.

Coll. «Points - Sciences humaines».

Volume Triple.

320 pages.

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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mardi 2 mars 2021

Philosophie - Trois textes sur la liberté


Trois textes sur la liberté

Olivar Asselin

Éditions HMH, Montréal, 1970.

Coll. «Reconnaissance HMH».

142 pages.

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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mardi 23 février 2021

Philosophie - Vocabulaire de la philosophie

Vocabulaire de la philosophie

Suivi de «Tableau historique des Écoles de Philosophie».

Régis Jolivet

Emmanuel Vitte éditeur, Lyon, 1966.

240 pages.

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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lundi 8 février 2021

Philosophie - Pensées

Dans mon journal, le 7 juin 1966, j'écrivais: «Livre: Pascal. 1,25$»

Pensées

Blaise Pascal

Éditions du Seuil, Paris, 1962.

Coll. «Livre de vie», 24-25.

448 pages.


Dédicace:
«8 mai 1966 pour la fête des mères ce livre à maman»





Notes et soulignements de lecture:

PRÉFACE

[...] l'instinct animal est supérieur à l'intelligence humaine. 16

[...] livré aux puissances trompeuses que sont la coutume, l'imagination, l'amour-propre. 17

C'est pourquoi l'homme qui n'atteint pas la vérité n'est pas plus capable de saisir le bien sous ses trois formes: la vérité, la justice, le bonheur. 17

Une religion qui expliquerait tout et démontrerait tout ne serait plus une religion, mais une philosophie: celle qui au contraire exclut la raison n'est plus qu'une superstition. 19

[...] c'est qu'il faut tout interpréter spirituellement. 19 Note: dans la marge: faux.

Pascal est là pour nous rappeler qu'il est périlleux d'isoler ces trois réalités: l'univers, l'homme et Dieu. 21

[...] il faut se tenir au-dessus de son ouvrage, observer ensuite avec la plus grande attention et mesurer avec la plus stricte rigueur. 21

[...] réapprendre sans cesse à apprendre. 21


INTRODUCTION

Section 1 - Papiers classés

Que la nature est corrompue, par la nature même. 48

Si on est jeune on ne juge pas bien, trop vieil de même. 50

Condition de l'homme

Inconstance, ennui, inquiétude. 51

La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple, et bien plus sur la folie. La plus grande et importante chose du monde a pour fondement la faiblesse. 51

La nature de l'homme n'est pas d'aller toujours; elle a ses allées et venues. 51

Ils aiment mieux la mort que la paix, les autres aiment mieux la mort que la guerre. 52

On ne choisit pas pour gouverner un vaisseau celui des voyageurs qui est de meilleure maison. 52

Vanité

Les respects signifient: incommodez-vous. 52

Rien ne fortifie plus le pyrrhonisme que ce qu’il y en a qui ne sont point pyrrhoniens. Si tous l’étaient, ils auraient tort. 53

Cette secte se fortifie par ses ennemis plus que par ses amis. 53

Trop et trop peu de vin

Ne lui en donnez pas: il ne peut trouver la vérité. Donnez-lui en trop: de même. 54 Note dans la marge: un juste milieu.

Quelle vanité que la peinture qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire point les originaux! 54

S’ils avaient la véritable justice et si les médecins avaient le vrai art de guérir, ils n’auraient que faire de bonnets carrés. 57

[...] ces vains instruments qui frappent l'imagination. 57

L'imagination dispose de tout; elle fait la beauté, la justice et le bonheur qui est le tout du monde. 57

Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours, ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop prompt, si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont point nôtres et ne pensons point au seul qui nous appartient, et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent d’ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu’il nous afflige, et s’il nous est agréable nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver. 59 Note dans la marge: vrai

Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé ou à l’avenir. 59

Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre [...] 60

Page 60, dans la marge: une mouche peut empêcher un homme de penser.

Il y a sans doute des lois naturelles, mais cette belle raison corrompue a tout corrompu. 64

Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n'y obéit qu'à cause qu'il les croit justes. 65

[...] qu’il y faut obéir parce qu’elles sont lois comme il faut obéir aux supérieurs non pas parce qu’ils sont justes, mais parce qu’ils sont supérieurs. 66

Quand je considère la petite durée de ma vie, absorbée dans l'éternité précédant et suivant le petit espace que je remplis et même que je vois, abîmé dans l'infinie immensité des espaces que j'ignore et qui m'ignorent, je m'effraie et m'étonne de me voir ici plutôt que là, car il n'y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m'y a mis? Par l'ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a(-t-)il été destiné à moi? 66

Curiosité n'est que vanité. 68

[...], mais ne pouvant faire qu’il soit force d’obéir à la justice, on a fait qu’il soit juste d’obéir à la force. Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, [...] 69

[...] c'est une ignorance savante qui se connaît. 70

Épictète demande bien plus fortement : Pourquoi ne nous fâchons‑nous pas si on dit que nous avons mal à la tête, et que nous nous fâchons de ce qu’on dit que nous raisonnons mal ou que nous choisissons mal ? 74

L’homme est ainsi fait qu’à force de lui dire qu’il est un sot, il le croit. 74

La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite [...] 76

 Mais je ne puis concevoir l’homme sans pensée. Ce serait une pierre ou une brute. 79

La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. C’est donc être misérable que de [se] connaître misérable, mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable. 79

La coutume est une seconde nature, qui détruit la première. Mais qu’est‑ce que nature ? Pourquoi la coutume n’est‑elle pas naturelle ? 82

Deux choses instruisent l’homme de toute sa nature : l’instinct et l’expérience. 83

S’il se vante, je l’abaisse

S’il s’abaisse, je le vante

Et le contredis toujours

Jusqu’à ce qu’il comprenne

Qu’il est un monstre incompréhensible. 83

Ne se peut-il faire que cette moitié de la vie n'est elle-même qu'un songe [...] 84

Tout cet écoulement du temps, de la vie, et ces divers corps que nous sentons, ces différentes pensées qui nous y agitent n'étant peut-être que des illusions pareilles à l'écoulement du temps et aux vains fantômes de nos songes. 84

Quelle chimère est-ce donc que l'homme ? quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradictions, quel prodige ? Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d'incertitude et d'erreur, gloire et rebut de l'univers. 85

Note dans la marge: Pascal ne croit pas aux philosophes. 95

Note dans la marge: Pascal renie l'être humain. 100

Note dans la marge: Pascal critique les philosophes. 101

[...] et ils n'ont fait autre chose qu'entretenir au moins l'une de ces maladies. 101

Note dans la marge: Pourquoi Dieu est-il si loin des hommes? 102

[...] nous sommes en effet si bas que nous sommes par nous-mêmes incapables de connaître si sa miséricorde ne peut pas nous rendre capables de lui. 102

Il sait si peu ce que c'est que Dieu qu'il ne sait pas ce qu'il est lui-même. 102

[...] mais les hommes s'en rendent si indignes qu'il est juste que Dieu refuse à quelques-uns, à cause de leur endurcissement, ce qu'il accorde aux autres par une miséricorde qui ne leur est pas due. 103 Note dans la marge: ?? Justice?

[...] tant d'hommes se rendant indignes de sa clémence il a voulu les laisser dans la privation du bien qu'ils ne veulent pas. 103 Note dans la marge: qu'ils ne connaissent pas

C'en serait assez pour une question de philosophie. 104 Note dans la marge: encore la philosophie

Nous courons sans souci dans le précipice après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir. 107

Ceux qui n'aiment pas la vérité [...] Note dans la marge: qui n'aime pas la vérité?

[...] la vérité ou la charité. Note dans la marge: Lier ces 2 mots?

Page 110, dans la marge: Pourquoi des miracles pour prouver quelque chose? Parce qu'à bout d'arguments? Faiblesse?

La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent. 111

Note dans la marge: l'homme est petit (Pascal).

Également - incapable de voir le néant d'où il est tiré et l'infini où il est englouti. 117

[...]  toutes les sciences sont infinies en l'étendue de leurs recherches, [...] 117

[...] il ne faut pas moins de capacité pour aller jusqu'au néant que jusqu'au tout. 118

Note dans la marge: 118 Néant «Homme» Infini Milieu

Dans la vue de ces infinis tous les finis sont égaux [...] 119

Note dans la marge: Ici, Pascal joue sur les mots. 121

[...] l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. 122

Le silence de ces espaces infinis m'effraie. 122 Note: texte encadré par moi.

Tous les hommes se haïssent naturellement l'un l'autre. 125

Il n'y a de rédempteurs que pour les chrétiens. 128 préférés?

J.-C. est venu aveugler ceux qui voient clair [...] et laisser mourir les sains [...] 130 Note dans la marge: ?

Si Dieu n'eût permis qu'une seule religion elle eût été trop reconnaissable. Mais qu'on y regarde de près on discerne bien la vraie dans cette confusion. 130

Il est indigne de Dieu de se joindre à l'homme misérable, mais il n'est pas indigne de Dieu de le tirer de sa misère. 131

La religion païenne est sans fondement [aujourd'hui on dit qu'autrefois elle (en) a eu par les oracles qui ont parlé. Mais quels sont les livres qui nous en assurent ? sont-ils si dignes de foi par la vertu de leurs auteurs ? [sont-ils conservés avec tant de soin (qu') on puisse s'assurer qu'ils ne sont point corrompus ?] 132 Note dans la marge: Pourquoi croire plus aux Écritures qu'autres...

Deux erreurs : 1. prendre tout littéralement. 2. prendre tout spirituellement. 134 vrai.

Car dans un portrait on voit la chose figurée. 137

Note dans la marge, page 141: Dieu n'est pas venu racheter tous les hommes.

Et les chrétiens prennent même l'Eucharistie pour figure de la gloire où ils tendent. 142 Note dans la marge: cannibalisme

Jésus-Christ n'a fait autre chose qu'apprendre aux hommes qu'ils s'aimaient eux-mêmes, qu'ils étaient esclaves, aveugles, malades, malheureux et pécheurs; qu'il fallait qu'il les délivrât, éclairât, béatifiât et guérît, que cela se ferait en se haïssant soi-même et en le suivant par la misère et la mort de la croix. 142 Note dans la marge: pessimisme L'homme est mieux que ça.

Note dans la marge, page 143: On peut «interpréter» un mot comme on veut.

La mer rouge image de la rédemption. 144

Note dans la marge, page 145: interprétation personnelle de P.

Tradition ample du péché originel selon les Juifs.

Sur le mot de la Genèse 8, « la composition du cœur de l'homme est mauvaise dès son enfance. »R. Moïse Haddarschan : « Ce mauvais levain est mis dans l'homme dès l'heure où il est formé. » 146

Bereschist Rabba sur le Ps. 35 : « Seigneur tous mes os te béniront parce que tu délivres le pauvre du tyran et y a-t-il un plus grand tyran que le mauvais levain ? »

Et sur les Proverbes 25 : « Si ton ennemi a faim donne-lui à manger, c'est-à-dire si le mauvais levain a faim donnez-lui du pain de la sagesse dont il est parlé Proverbe 9. Et s'il a soif donne-lui de l'eau dont il est parlé. » Isaïe 55. 147

Note dans la marge, page 149: Jésus a bouleversé l'histoire universelle.

Note dans la marge, page 150: les miracles ont «acheté» les apôtres

La seule religion contre la nature, contre le sens commun, contre nos plaisirs est la seule qui ait toujours été. 150

[...]  les chrétiens connaissent le vrai Dieu et n'aiment point la terre. 152

Note dans la marge, page 152: ils ne vivaient pas plus vieux

[...]  elle réprouve tout cela et dit qu'elle n'a ni sagesse, ni signe, mais la croix et la folie. 152

Si on doit donner huit jours on doit donner toute la vie. 153

Sem qui a vu Lamech qui a vu Adam a vu aussi Jacob qui a vu ceux qui ont vu Moïse : donc le déluge et la création sont vrais. Cela conclut entre de certaines gens qui l'entendent bien. 153 Note dans la marge: minable.

Jésus-Christ, saint Paul ont l'ordre de la charité, non de l'esprit, car ils voulaient rabaisser, non instruire. 154 Note dans la marge: ? charité = rabaisser ?

L'Évangile ne parle de la virginité de la vierge que jusques à la naissance de Jésus-Christ. Tout par rapport à Jésus-Christ. 154 Note dans la marge: Après? Plus vierge?

Tous les peuples étaient dans l'infidélité et dans la concupiscence, toute la terre fut ardente de charité : les princes quittent leur grandeur, les filles souffrent le martyre. D'où vient cette force ? c'est que le Messie est arrivé. Voilà l'effet et les marques de sa venue. 154 Note dans la marge: ?

Note dans la marge, page 155: Les hommes ont toujours aimé écrire et conserver leurs écrits pour la postérité? Histoire du monde?

Les Juifs en éprouvant s'il était Dieu ont montré qu'il était homme. 155 Note dans la marge: NON

La grandeur des gens d'esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair. 156 Note dans la marge: il ne faut pas généraliser.

Les grands génies ont leur empire, leur éclat, leur grandeur, leur victoire et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles ou elles n'ont pas de rapport. Ils sont vus, non des yeux, mais des esprits. C'est assez. 156

Jésus-Christ sans biens, et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n'a point donné d'inventions. Il n'a point régné, mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché. O qu'il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur et qui voient la sagesse. 156 Note dans la marge: alors n'est pas un homme.

Il n'avait qu'à dire qu'il était le Messie s'il eût eu de la vanité, car les prophéties sont plus claires de lui que de Jésus-Christ. 159

Tout homme peut faire ce qu'a fait Mahomet. Car il n'a point fait de miracles, il n'a point été prédit. Nul homme ne peut faire ce qu'a fait Jésus-Christ. 160 Note dans la marge: Jésus pas de miracles, pas prédit: histoires façonnées par les hommes.

Or si les passions ne nous tenaient point, huit jours et cent ans sont une même chose. 161

Note dans la marge, page 163: Études psychologiques peuvent expliquer l'espoir d'un être, chez les hommes.

Note dans la marge, page 165: Hyp.: Jésus a été prédit: est-ce vraiment lui ou un imposteur?

Le christianisme est étrange; il ordonne à l'homme de reconnaître qu'il est vil et même abominable, et lui ordonne de vouloir être semblable à Dieu. 167 Note dans la marge: FAUX

De tout ce qui est sur la terre, il ne prend part qu'aux déplaisirs non aux plaisirs.  168 rechercher le plaisir est «normal» pour l'homme.

Les exemples des morts généreuses des Lacédémoniens et autres, ne nous touchent guère, car qu'est-ce que cela nous apporte ? 168 Note dans la marge: fermé vis-à-vis les autres.

Mais l'exemple de la mort des martyrs nous touche, car ce sont nos membres. 168 Note dans la marge: autres = pas bons

Es-tu moins esclave pour être aimé et flatté de ton maître; tu as bien du bien, esclave, ton maître te flatte. Il te battra tantôt. 169

Il faut n'aimer que Dieu et ne haïr que soi. 172

Les philosophes ont consacré les vices en les mettant en Dieu même; les chrétiens ont consacré les vertus. 172 Note dans la marge: ?

Note dans la marge, page 173: On peut croire en Dieu sans croire à J.-C.

Afin que la passion ne nuise point, faisons comme s'il n'y avait que huit jours de vie. 179 Note dans la marge: ?

Si cela est si clairement prédit aux Juifs comment ne l'ont-ils point cru ou comment n'ont-ils point été exterminés de résister à une chose si claire ? 180 Note dans la marge: presque

Les philosophes ne prescrivaient point des sentiments proportionnés aux deux états.

Ils inspiraient des mouvements de grandeur pure et ce n'est pas l'état de l'homme.

Ils inspiraient des mouvements de bassesse pure et ce n'est pas l'état de l'homme. 182

Nous souhaitons la vérité et ne trouvons en nous qu'incertitude. 183

Nous recherchons le bonheur et ne trouvons que misère et mort. 183

Nous sommes incapables de ne pas souhaiter la vérité et le bonheur et sommes incapables ni de certitude ni de bonheur. 183 Note dans la marge de la page 183: VRAI

Fausseté des philosophes qui ne discutaient pas l'immortalité de l'âme. 184

Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n'être pas fou. 185

Le nez de Cléopâtre s'il eût été plus court toute la face de la terre aurait changé. 185

La nature est corrompue. 186

L'unité jointe à l'infini ne l'augmente de rien, non plus que un pied à une mesure infinie; le fini s'anéantit en présence de l'infini et devient un pur néant. 187

Nous connaissons qu'il y a un infini, et ignorons sa nature comme nous savons qu'il est faux que les nombres soient finis. Donc il est vrai qu'il y a un infini en nombre, mais nous ne savons ce qu'il est. Il est faux qu'il soit pair, il est faux qu'il soit impair, car en ajoutant l'unité il ne change point de nature. Cependant c'est un nombre, et tout nombre est pair ou impair. Il est vrai que cela s'entend de tout nombre fini. 187

[Ainsi on peut bien connaître qu'il y a un Dieu sans savoir ce qu'il est.] 187 Note dans la marge: flèche reliant les deux (surlignés)

C'est en manquant de preuve qu'ils ne manquent pas de sens. 188 Note dans la marge: Jeux de hasard!

La coutume et notre nature. 191

[...] nous naissons donc injustes. 192

Nous naissons donc injustes et dépravés. 192

Nulle religion que la nôtre n'a enseigné que l'homme naît en péché, nulle secte de philosophes ne l'a dit, nulle n'a donc dit vrai. 192

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ; on le sait en mille choses. 192

C'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. 191

« Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que moi-même; je suis dans une ignorance terrible de, toutes choses; je ne sais ce que c'est que mon corps, que mes sens, que mon âme et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur elle-même, et ne se connaît non plus que le reste. »

« Je vois ces effroyables espaces de l'univers qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est assigné à ce point plutôt qu'à un autre de toute l'éternité qui m'a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts qui m'enferment comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu'un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir ; mais ce que j'ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter. » 196

« Comme je ne sais d'où je viens, aussi je ne sais où je vais; et je sais seulement qu'en sortant de ce monde je tombe pour jamais ou dans le néant, ou dans les mains d'un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage. Voilà mon état, plein de faiblesse et d'incertitude. Et, de tout cela, je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à chercher ce qui doit m'arriver. Peut-être que je pourrais trouver quelque éclaircissement dans mes doutes ; mais je n'en veux pas prendre la peine, ni faire un pas pour le chercher ; et après, en traitant avec mépris ceux qui se travailleront de ce soin - [quelque certitude qu'ils en eussent, c'est un sujet de désespoir, plutôt que de vanité] Je veux aller, sans prévoyance et sans crainte, tenter un si grand événement, et me laisser mollement conduire à la mort, dans l'incertitude de l'éternité de ma condition future. » 196

En vérité, il est glorieux à la religion d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables; [...] 197

[...] les hommes n'aiment naturellement que ce qui peut leur être utile. 198

[« Haussez la tête, hommes libres », dit Épictète.]

Et les autres lui disent : « Baissez vos yeux vers la terre, chétif ver que vous êtes, et regardez les bêtes dont vous êtes le compagnon. » Que deviendra donc l'homme ? Sera-t-il égal à Dieu ou aux bêtes ? Quelle effroyable distance ! Que serons-nous donc ? Qui ne voit par tout cela que l'homme est égaré, qu'il est tombé de sa place, qu'il la cherche avec inquiétude, qu'il ne la peut plus retrouver. Et qui l'y adressera donc ? Les plus grands hommes ne l'ont pu. 202

[...] nous sommes misérables, corrompus, séparés de Dieu [...] 202

Qu'on s'imagine un nombre d'hommes dans les chaînes, et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et, se regardant les uns et les autres avec douleur et sans espérance, attendent à leur tour. C'est l'image de la condition des hommes. 204 Note dans la marge: Pourquoi J.-C. est-il venu dans ce temps? Pourquoi pas au XXe s.? Pourquoi J.-C. est-il un homme? et non pas une femme?

On n'est pas misérable sans sentiment : une maison ruinée ne l'est pas. Il n'y a que l'homme de misérable. 205

L'être éternel est toujours s'il est une fois. 206

[...] et il est également dangereux à l'homme de connaître Dieu sans connaître sa misère, et de connaître sa misère sans connaître le Rédempteur qui l'en peut guérir. Une seule de ces connaissances fait, ou la superbe des philosophes, qui ont connu Dieu et non leur misère, ou le désespoir des athées, qui connaissent leur misère sans Rédempteur. 208

[...] ceux-ci subsistent toujours et malgré les entreprises de tant de puissants rois qui ont cent fois essayé de les faire périr,[...] 211 Note dans la marge: VRAI Ex. : voir guerre 39-45

Que les sacrifices des païens seront reçus de Dieu. 215 Note dans la marge: attitude père-fils (complexe) menaces - psychologie

[...] pour les punir, s'ils refusent de le chercher ou de le suivre. 219 Note dans la marge: ils ne sont pas libres.

Preuves

1- la religion chrétienne, par son établissement, par elle-même établie si fortement, si doucement, étant si contraire à la nature. 223

[...] Mais pour vous, vous ne faites qu'embraser la colère de Dieu sur vous, vous marchez sur les brasiers et entre les flammes que vous-mêmes vous avez allumées. C'est ma main qui a fait venir ces maux sur vous vous périrez dans les douleurs. » 226

Amos, VIII : Le prophète ayant fait un dénombrement des péchés d'Israël, dit que Dieu a juré d'en faire la vengeance. 226

Amos, III, 2 « De toutes les nations de la terre, je n'ai reconnu que vous pour être mon peuple. » 227

« L'argent et l'or sont à moi, dit le Seigneur [c'està-dire que ce n'est pas de cela que je veux être honoré ; comme il est dit ailleurs : Toutes les bêtes des champs sont à moi ; à quoi sert de me les offrir en sacrifice ?] ; 227

Note dans la marge, page 230: soleil = père

Il doit être la pierre d'achoppement, de scandale. Isaïe VIII. 239 Note dans la marge: ?

« Sanctifiez le Seigneur avec crainte et tremblement. Ne redoutez que lui, [...] 241

« J'ai prédit, j'ai sauvé, j'ai fait moi seul ces merveilles à vos yeux; vous êtes mes témoins de ma divinité, dit le Seigneur. »

« C'est moi qui pour l'amour de vous ai brisé les forces des Babyloniens. C'est moi qui vous ai sanctifiés et qui vous ai créés. »

« C'est moi [...] 243 Note dans la marge: vantardise?

« Je me suis formé ce peuple, je l'ai établi pour annoncer mes louanges, etc. » 243 Note dans la marge: pas libre?

« Mais c'est pour moi-même [...] 243 Note dans la marge: pas pour les hommes.

Isaïe XLIV : « Je suis le premier et le dernier, dit le Seigneur; qui s'égalera à moi ? [...] 243

« Ceux-là seront dissipés en fumée au jour de ma fureur, etc. » 245

« Car voici je crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre, et les choses passées ne seront plus en mémoire, et ne reviendront plus en la pensée. » 245 Note dans la marge: Charroux?

« Ce ne fut qu'après qu'ils eurent sacrifié aux veaux d'or que je m'ordonnai des sacrifices, pour tourner en bien une mauvaise coutume. » 247

On n'aura plus mémoire d'Égypte. 248 Note dans la marge: FAUX

Les Juifs seront répandus partout. Isaïe 27. 6. 249 Note dans la marge: VRAI

De sorte que ceux qui ont rejeté et crucifié Jésus-Christ qui leur a été en scandale sont ceux qui portent les livres qui témoignent de lui et qui disent qu'il sera rejeté et en scandale, de sorte qu'ils ont marqué que c'était lui en le refusant et qu'il a été également prouvé et par les justes juifs qui l'ont reçu et par les injustes qui l'ont rejeté, l'un et l'autre ayant été prédit. 250

Nous jugeons des animaux qu'ils font bien ce qu'ils font, n'y aura-t-il point une règle pour juger des hommes ? 254

Nier, croire et douter sont à l'homme ce que le courir est au cheval. 254

Géométrie. Finesse.

La vraie éloquence se moque de l'éloquence, la vraie morale se moque de la morale. C'est-à-dire que la morale du jugement se moque de la morale de l'esprit qui est sans règles. 258

Se moquer de la philosophie c'est vraiment philosopher. 259

C'est sortir de l'humanité que de sortir du milieu. 259

La nature nous a si bien mis au milieu que si nous changeons un côté de la balance nous changeons aussi l'autre. Je faisons, zoa trekei. 259. En italique dans le texte.

[...] j'ai connu que notre nature n'était qu'un continuel changement et je n'ai plus changé depuis. 260

Aussi cela ne montre autre chose sinon qu'il n'est pas certain que tout soit incertain. À la gloire du pyrrhonisme. 260

Cet homme si affligé de la mort de sa femme et de son fils unique, qui a cette grande querelle qui le tourmente, d'où vient qu'à ce moment il n'est point triste et qu'on le voit si exempt de toutes ces pensées pénibles et inquiétantes ? Il ne faut pas s'en étonner. On vient de lui servir une balle et il faut qu'il la rejette à son compagnon. Il est occupé à la prendre à la chute du toit pour gagner une chasse. Comment voulez-vous qu'il pense à ses affaires ayant cette autre affaire à manier ? Voilà un soin digne d'occuper cette grande âme et de lui ôter toute autre pensée de l'esprit. Cet homme né pour connaître l'univers, pour juger de toutes choses, pour régler tout un État, le voilà occupé et tout rempli du soin de prendre un lièvre. Et s'il ne s'abaisse à cela et veuille toujours être tendu il n'en sera que plus sot, parce qu'il voudra s'élever au-dessus de l'humanité et il n'est qu'un homme au bout du compte, c'est-à-dire capable de peu et de beaucoup, de tout et de rien. Il n'est ni ange ni bête, mais homme.] 260 En italique dans le texte.

C'était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie; la plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement. 263

Il y a des vices qui ne tiennent à nous que par d'autres, et qui en ôtant le tronc s'emportent comme des branches. 264

Celui qui sait la volonté de son maître sera battu de plus de coups à cause du pouvoir qu'il a par la connaissance ; [...] 264

Toutes les bonnes maximes sont dans le monde; on ne manque qu'à les appliquer. 265

Par exemple, on ne doute pas qu'il ne faille exposer sa vie pour défendre le bien public, et plusieurs le font ; mais pour la religion point. 265 Note dans la marge: FAUX

Il est nécessaire qu'il y ait de l'inégalité parmi les hommes [...] 265

Il est nécessaire de relâcher un peu l'esprit, mais cela ouvre la porte aux plus grands débordements. 265

Écrire contre ceux qui approfondissent trop les sciences. Descartes. 268

Il n'y a que deux sortes d'hommes, les uns justes qui se croient pécheurs, les autres pécheurs qui se croient justes. 269

La vraie et unique vertu est donc de se haïr, [...] 270

Je dis donc qu'il ne faudrait rien faire du tout, car rien n'est certain. 273

Éloquence qui persuade par douceur, non par empire, en tyran non en roi. 274

Si les Juifs eussent été tous convertis par Jésus-Christ nous n'aurions plus que des témoins suspects. Et s'ils avaient été exterminés, nous n'en aurions point du tout. 277

Le moi est haïssable. 278

Ses passions ainsi dominées sont vertus; l'avarice, la jalousie, la colère, Dieu même se les attribue. 281

L'homme est visiblement fait pour penser. C'est toute sa dignité et tout son mérite; et tout son devoir est de penser comme il faut. 285

Ennui.

Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme, l'ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir. 286

La vanité est si ancrée dans le cœur de l'homme qu'un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs et les philosophes mêmes en veulent, et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit, et ceux qui les lisent veulent avoir la gloire de les avoir lus, et moi qui écris ceci ai peut-être cette envie, et peut-être que ceux qui le liront... 287

Notre nature est dans le mouvement, le repos entier est la mort. 289

Montaigne.

Ce que Montaigne a de bon ne peut être acquis que difficilement. Ce qu'il a de mauvais, j'entends hors les moeurs, pût être corrigé en un moment si on l'eût averti qu'il faisait trop d'histoires et qu'il parlait trop de soi. 291

Nous ne sommes que mensonge, duplicité, contrariété et nous cachons et nous déguisons à nous-mêmes. 292

L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête. 295

Les défauts de Montaigne sont grands. Mots lascifs : cela ne vaut rien malgré Mlle de Gournay. Crédule : « gens sans yeux. » Ignorant : « quadrature du cercle » , « monde plus grand » . Ses sentiments sur l'homicide volontaire, sur la mort. Il inspire une nonchalance du salut, sans crainte et sans repentir. Son livre n'étant pas fait pour porter à la piété il n'y était pas obligé, mais on est toujours obligé de n'en point détourner. On peut excuser ses sentiments un peu libres et voluptueux en quelques rencontres de la vie, mais on ne peut excuser ses sentiments tout païens sur la mort. Car il faut renoncer à toute piété si on ne veut au moins mourir chrétiennement. Or il ne pense qu'à mourir lâchement et mollement par tout son livre. 295

[...], mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. 298

On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités. 298

Ce n'est pas dans Montaigne, mais dans moi que je trouve tout ce que j'y vois. 298

Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau, la disposition des matières est nouvelle. Quand on joue à la paume, c'est une même balle dont joue l'un et l'autre, mais l'un la place mieux. 300 Note dans la marge: Horace

Craindre la mort hors du péril, et non dans le péril, car il faut être homme. 304

Les rivières sont des chemins qui marchent et qui portent où l'on veut aller. 304

Deux infinis Milieu

Quand on lit trop vite ou trop doucement, on n'entend rien. 306

L'humilité d'un seul fait l'orgueil de plusieurs. 307

D'où vient qu'on croit tant de menteurs qui disent qu'ils ont vu des miracles et qu'on ne croit aucun de ceux qui disent qu'ils ont des secrets pour rendre l'homme immortel ou pour rajeunir. 309

[...] une chose est possible, donc elle est. 310

La machine d'arithmétique fait des effets ,qui approchent plus de la pensée que tout ce que font les animaux ; mais elle ne fait rien qui puisse faire dire qu'elle a de la volonté comme les animaux. 312

Il y a plaisir d'être dans un vaisseau battu de l'orage lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point ; les persécutions qui travaillent l'Église sont de cette nature. 313

Ceux qui sont accoutumés à juger parle sentiment ne comprennent rien aux choses de raisonnement. Car ils veulent d'abord pénétrer d'une vue et ne sont point accoutumés à chercher les principes, et les autres au contraire qui sont accoutumés à raisonner par principes, ne comprennent rien aux choses de sentiment y cherchant des principes et ne pouvant voir d'une vue. 314

Page 315 Note dans la marge: La pensée

Pensée fait la grandeur de l'homme. 315

Réponse : Je réponds deux choses : une, que l'Église n'a jamais décidé cela, l'autre, que quand elle l'aurait décidé cela se pourrait soutenir. 315 Note dans la marge: ?

Les prophéties citées dans l'Évangile vous croyez qu'elles sont rapportées pour vous faire croire ? non, c'est pour vous éloigner de croire. 315

Page 316 Note dans la marge: Contre la comédie

[...]  [à cause de ce que la force règle tout] [...] 316

 Non, non s'ils sont plus grands (les grands hommes) que nous c'est qu'ils ont la tête plus élevée, mais ils ont les pieds aussi bas que les nôtres. 318

Les princes et rois jouent quelquefois. Ils ne sont pas toujours sur leurs trônes. Ils s'y ennuient. La grandeur a besoin d'être quittée pour être sentie. La continuité dégoûte en tout. Le froid est agréable pour se chauffer. 318

Rien ne nous plait que le combat, mais non pas la victoire. 318

Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses. 319

Tout ce qui se perfectionne par progrès périt aussi par progrès. 320

Il ne faut pas dire qu'il y a ce qu'on ne voit pas. Il faut donc dire comme les autres, mais ne pas penser comme eux. 322

Le plaisir des Grands est de pouvoir faire des heureux. 326

Le propre de la richesse est d'être donnée libéralement. 326

Le propre de chaque chose doit être cherché. Le propre de la puissance est de protéger. 326

L'Ancien Testament contenait les figures de la joie future et le nouveau contient les moyens d'y arriver. 328

Le temps guérit les douleurs et les querelles parce qu'on change. On n'est plus la même personne ; ni l'offensant ni l'offensé ne sont plus eux-mêmes. C'est comme un peuple qu'on a irrité et qu'on reverrait après deux générations. Ce sont encore les Français, mais non les mêmes. 328

Si nous rêvions toutes les nuits la même chose elle nous affecterait autant que les objets que nous voyons tous les jours. Et si un artisan était sûr de rêver toutes les nuits douze heures durant qu'(il) est roi, je crois qu'il serait presque aussi heureux qu'un roi qui rêverait toutes les nuits douze heures durant qu'il serait artisan. 328

[...] comme quand on voyage et alors on dit : il me semble que je rêve; car la vie est un songe un peu moins inconstant. 329

Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être. Nous voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons incessamment à embellir et conserver notre être imaginaire et négligeons le véritable. Et si nous avons ou la tranquillité ou la générosité, ou la fidélité nous nous empressons de le faire savoir afin d'attacher ces vertus-là à notre autre être et les détacherions plutôt de nous pour les joindre à l'autre. Nous serions de bon coeur poltrons pour en acquérir la réputation d'être vaillants. Grande marque du néant de notre propre être de n'être pas satisfait de l'un sans l'autre et d'échanger souvent l'un pour l'autre. Car qui ne mourrait pour conserver son honneur celui-là serait infâme. 329

La victoire sur la mort

« Que sert à l'homme de gagner tout le monde s'il perd son âme. »

« Qui veut garder son âme la perdra. » 332

Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automate autant qu'esprit. 333

Elle (la coutume) incline l'automate qui entraîne l'esprit sans qu'il y pense. 333

Il faut donc faire croire nos deux pièces, l'esprit par les raisons qu'il suffit d'avoir vues une fois en sa vie et l'automate par la coutume, et en ne lui permettant pas de s'incliner au contraire. 333

Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger. 336

La loi obligeait à ce qu'elle ne donnait ; la grâce donne ce à quoi elle oblige. 336

Les cordes qui attachent le respect des uns envers les autres en général sont cordes de nécessité ; car il faut qu'il y ait différents degrés, tous les hommes voulant dominer et tous ne le pouvant pas, mais quelques-uns le pouvant. 337

Toute religion est fausse qui dans sa foi n'adore pas un Dieu comme principe de toutes choses et qui dans sa morale n'aime pas un seul Dieu comme objet de toutes choses. 345

Les miracles sont pour la doctrine et non pas la doctrine pour les miracles. 310

En montrant la vérité on la fait croire, mais en montrant l'injustice des maîtres on ne la corrige pas; on assure la conscience en montrant la fausseté, on n'assure pas la bourse en montrant l'injustice. 353

Si la lumière est ténèbres que seront les ténèbres ? 353

L'Église a trois sortes d'ennemis : les Juifs qui n'ont jamais été de son corps, les hérétiques qui s'en sont retirés, et les mauvais chrétiens qui la déchirent au-dedans. Ces trois sortes de différents adversaires la combattent d'ordinaire diversement, mais ici ils la combattent d'une même sorte. 357

(Athées) Quel est plus difficile de naître ou de ressusciter, que ce qui n'a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore ? 363

Corneille. Voilà le caractère inhumain. 365

Si mes lettres sont condamnées à Rome ce que j'y condamne est condamné dans le ciel. 376

Et ainsi Jésus était délaissé seul à la colère de Dieu. 378

« Mon âme est triste jusqu'à la mort » (Jésus) 378

La plus cruelle guerre que Dieu pût faire aux hommes en cette vie est de les laisser sans cette guerre qu'il est venu apporter. 384

Le moindre mouvement importe à toute la nature, la mer entière change pour une pierre. Ainsi dans la grâce la moindre action importe pour ses suites à tout; donc tout est important. 385

Concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, orgueil, etc.

Il y a trois ordres de choses : la chair, l'esprit, la volonté.

Les charnels sont les riches, les rois. Ils ont pour objet le corps.

Les curieux et savants, ils ont pour objet l'esprit.

Les sages, ils ont pour objet la justice. 388

La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu et des défauts pour montrer qu'elle n'en est que l'image. 388

On ne s'ennuie point de manger, et dormir, tous les jours, car la faim renaît et le sommeil ; sans cela on s'en ennuierait. 390

[Quand on est si méchant qu'on n'en a plus aucun remords on ne pèche donc plus.] 400

Que je suis soulagé; nul français bon catholique... 402

L'homme est bien insensé. Il ne peut faire un ciron. 402

Les jésuites n'ont pas rendu la vérité incertaine, mais ils ont rendu leur impiété certaine. 410

Ils raisonnent comme ceux qui montrent qu'il est nuit à midi. 413

Augustin 5. de Civitate 10. Cette règle est générale. Dieu peut tout, hormis les choses lesquelles s'il les pouvait il ne serait pas tout puissant, comme mourir, être trompé, etc., mentir, etc. 414

[...] elle commande de découvrir le fond de son cœur, et de se faire voir tel qu'on est. 421

Or, ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu'ils servent; et ainsi, ils n'ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes. 422

Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle; on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L'union qui est entre les hommes n'est fondée que sur cette mutuelle tromperie; et peu d'amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas, quoiqu'il en parle alors sincèrement et sans passion. 423

L'homme n'est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l'égard des autres. 423

Les Jésuites

Les Jésuites ont voulu joindre Dieu au monde, et n'ont gagné que le mépris de Dieu et du monde. Car, du côté de la conscience, cela est évident; et, du côté du monde, ils ne sont pas de bons cabalistes. Ils ont du pouvoir, comme je l'ai dit souvent, mais c'est-à-dire à l'égard des autres religieux. Ils auront le crédit de faire bâtir une chapelle et d'avoir une station de jubilé, non de pouvoir faire avoir des évêchés, des gouvernements de place. C'est un sot poste dans le monde que celui de moines, qu'ils tiennent, par leur aveu même (P. Brisacier, Bénédictins). Cependant... vous ployez sous les plus puissants que vous, et vous opprimez de tout votre petit crédit ceux qui ont moins d'intrigue que vous dans le monde. 426

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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lundi 1 février 2021

Philosophie - Discours de la méthode

Discours de la méthode

René Descartes

Garnier-Flammarion, Paris, 1966.

254 pages.



Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
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dimanche 31 janvier 2021

Philosophie - Dictionnaire philosophique (Voltaire)

Dictionnaire philosophique

Voltaire

Garnier-Flammarion, Paris, 1964.

382 pages.



Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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dimanche 17 janvier 2021

Philosophie - La Bruyère Les caractères

La Bruyère Les caractères, précédés des Caractères de Théophraste

Garnier-Flammarion, 1965, 72.

Lu le 3 février 1980.



Notes et soulignements de lecture

DES OUVRAGES DE L'ESPRIT

Il faut chercher seulement à penser et à parler juste, sans vouloir amener les autres à notre goût et à nos sentiments ; c'est une trop grande entreprise. 82

Certains poètes sont sujets, dans le dramatique, à de longues suites de vers pompeux, qui semblent forts, élevés, et remplis de grands sentiments. Le peuple écoute avidement, les yeux élevés et la bouche ouverte, croit que cela lui plaît, et à mesure qu'il y comprend moins l'admire davantage ; 83

L'on n'a guère vu jusques à présent un chef-d'œuvre d'esprit qui soit l'ouvrage de plusieurs : Homère a fait l'Iliade, Virgile l'Énéide, Tite-Live ses Décades, et l'Orateur romain ses Oraisons. 83

Il y a beaucoup plus de vivacité que de goût parmi les hommes ; ou pour mieux dire, il y a peu d'hommes dont l'esprit soit accompagné d'un goût sûr et d'une critique judicieuse. 83

La vie des héros a enrichi l'histoire, et l'histoire a embelli les actions des héros : ainsi je ne sais qui sont plus redevables, ou ceux qui ont écrit l'histoire à ceux qui leur en ont fourni une si noble matière, ou ces grands hommes à leurs historiens. 83 Note: astérisque dans la marge.

 Combien de siècles se sont écoulés avant que les hommes, dans les sciences et dans les arts, aient pu revenir au goût des anciens et reprendre enfin le simple et le naturel ! 84

Ne vouloir être ni conseillé ni corrigé sur son ouvrage est un pédantisme. 84

Il faut qu'un auteur reçoive avec une égale modestie les éloges et la critique que l'ont fait de ses ouvrages. 84

Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne. 85

Un bon auteur, et qui écrit avec soin, éprouve souvent que l'expression qu'il cherchait depuis longtemps sans la connaître, et qu'il a enfin trouvée, est celle qui était la plus simple, la plus naturelle, qui semblait devoir se présenter d'abord et sans effort. 85

Ceux qui écrivent par humeur sont sujets à retoucher à leurs ouvrages : comme elle n'est pas toujours fixe, et qu'elle varie en eux selon les occasions, ils se refroidissent bientôt pour les expressions et les termes qu'ils ont le plus aimés. 85

Le plaisir de la critique nous ôte celui d'être vivement touchés de très belles choses. 85

Il n'y a point d'ouvrage si accompli qui ne fondît tout entier au milieu de la critique, si son auteur voulait en croire tous les censeurs qui ôtent chacun l'endroit qui leur plaît le moins. 87

Il est convaincu que quelque scrupuleuse exactitude que l'on ait dans sa manière d'écrire, la raillerie froide des mauvais plaisants est un mal inévitable, et que les meilleures choses ne leur servent souvent qu'à leur faire rencontrer une sottise. 89

Quand une lecture vous élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger l'ouvrage ; il est bon, et fait de main d'ouvrier. 89

Le devoir du nouvelliste est de dire : « Il y a un tel livre qui court, et qui est imprimé chez Cramoisy en tel caractère, il est bien relié et en beau papier, il se vend tant » ; il doit savoir jusques à l'enseigne du libraire qui le débite : sa folie est d'en vouloir faire la critique. 89

Les sots lisent un livre, et ne l'entendent point ; les esprits médiocres croient l'entendre parfaitement ; les grands esprits ne l'entendent quelquefois pas tout entier : ils trouvent obscur ce qui est obscur, comme ils trouvent clair ce qui est clair ; les beaux esprits veulent trouver obscur ce qui ne l'est point, et ne pas entendre ce qui est fort intelligible. 89 Note: un grand x dans la marge.

Un auteur cherche vainement à se faire admirer par son ouvrage. Les sots admirent quelquefois, mais ce sont des sots. Les personnes d'esprit ont en eux les semences de toutes les vérités et de tous les sentiments, rien ne leur est nouveau ; ils admirent peu, ils approuvent. 90

Les connaisseurs, ou ceux qui se croient tels, se donnent voix délibérative et décisive sur les spectacles, se cantonnent aussi, et se divisent en des partis contraires, dont chacun, poussé par un tout autre intérêt que par celui du public ou de l'équité, admire un certain poème ou une certaine musique, et siffle tout autre. Ils nuisent également, par cette chaleur à défendre leurs préventions, et à la faction opposée et à leur propre cabale ; ils découragent par mille contradictions les poètes et les musiciens, retardent les progrès des sciences et des arts, en leur ôtant le fruit qu'ils pourraient tirer de l'émulation et de la liberté qu'auraient plusieurs excellents maîtres de faire, chacun dans leur genre et selon leur génie, de très bons ouvrages. 93 Note: écrit au-dessus du paragraphe: LES CRITIQUES

D'où vient que l'on rit si librement au théâtre, et que l'on a honte d'y pleurer ? 93 Note: astérisque dans la marge.

Il semble que le roman et la comédie pourraient être aussi utiles qu'ils sont nuisibles. 95

« Corneille nous assujettit à ses caractères et à ses idées, Racine se conforme aux nôtres ; celui-là peint les hommes comme ils devraient être, celui-ci les peint tels qu'ils sont. Il y a plus dans le premier de ce que l'on admire, et de ce que l'on doit même imiter ; il y a plus dans le second de ce que l'on reconnaît dans les autres, ou de ce que l'on éprouve dans soi-même. L'un élève, étonne, maîtrise, instruit ; l'autre plaît, remue, touche, pénètre. Ce qu'il y a de plus beau, de plus noble et de plus impérieux dans la raison, est manié par le premier ; et par l'autre, ce qu'il y a de plus flatteur et de plus délicat dans la passion. Ce sont dans celui-là des maximes, des règles, des préceptes ; et dans celui-ci, du goût et des sentiments. L'on est plus occupé aux pièces de Corneille ; l'on est plus ébranlé et plus attendri à celles de Racine. Corneille est plus moral, Racine plus naturel. Il semble que l'un imite Sophocle, et que l'autre doit plus à Euripide » 96 Note: entre guillemets dans le texte.

Les synonymes sont plusieurs dictions ou plusieurs phrases différentes qui signifient une même chose. L'antithèse est une opposition de deux vérités qui se donnent du jour l'une à l'autre. La métaphore ou la comparaison emprunte, d'une chose étrangère une image sensible et naturelle d'une vérité. L'hyperbole exprime au-delà de la vérité pour ramener l'esprit à la mieux connaître. Le sublime ne peint que la vérité, mais en un sujet noble ; il la peint tout entière, dans sa cause et dans son effet ; il est l'expression ou l'image la plus digne de cette vérité. Les esprits médiocres ne trouvent point l'unique expression, et usent de synonymes. Les jeunes gens sont éblouis de l'éclat de l'antithèse, et s'en servent. Les esprits justes, et qui aiment à faire des images qui soient précises, donnent naturellement dans la comparaison et la métaphore. Les esprits vifs, pleins de feu, et qu'une vaste imagination emporte hors des règles et de la justesse, ne peuvent s'assouvir de l'hyperbole. Pour le sublime, il n'y a, même entre les grands génies, que les plus élevés qui en soient capables. 97

Tout écrivain, pour écrire nettement, doit se mettre à la place de ses lecteurs, examiner son propre ouvrage comme quelque chose qui lui est nouveau, qu'il lit pour la première fois, où il n'a nulle part, et que l'auteur aurait soumis à sa critique ; et se persuader ensuite qu'on n'est pas entendu seulement à cause que l'on s'entend soi-même, mais parce qu'on est en effet intelligible. 97

La gloire ou le mérite de certains hommes est de bien écrire ; et de quelques autres, c'est de n'écrire point. 98

La critique souvent n'est pas une science ; c'est un métier, où il faut plus de santé que d'esprit, plus de travail que de capacité, plus d'habitude que de génie. 99


DU MÉRITE PERSONNEL

Les hommes sont trop occupés d'eux-mêmes pour avoir le loisir de pénétrer ou de discerner les autres ; de là vient qu'avec un grand mérite et une plus grande modestie l'on peut être longtemps ignoré. 102

Il est moins rare de trouver de l'esprit que des gens qui se servent du leur, ou qui fassent valoir celui des autres et le mettent à quelque usage. 103

[...] qu'il n'a pas plus de talent pour une chose que pour une autre, ou en d'autres termes, qu'il n'est propre à rien. 103

Nous devons travailler à nous rendre très dignes de quelque emploi : le reste ne nous regarde point, c'est l'affaire des autres. 103

Se faire valoir par des choses qui ne dépendent point des autres, mais de soi seul [...] 104 Note: astérisque dans la marge.

Il ne faut regarder dans ses amis que la seule vertu qui nous attache à eux, sans aucun examen de leur bonne ou de leur mauvaise fortune ; et quand on se sent capable de les suivre dans leur disgrâce, il faut les cultiver hardiment et avec confiance jusque dans leur plus grande prospérité. 106

S'il est ordinaire d'être vivement touché des choses rares, pourquoi le sommes-nous si peu de la vertu ? 106

Le motif seul fait le mérite des actions des hommes, et le désintéressement y met la perfection. 112


DES FEMMES

Les femmes sont extrêmes : elles sont meilleures ou pires que les hommes. 127


DU COEUR

L'amour naît brusquement, sans autre réflexion, par tempérament ou par faiblesse : un trait de beauté nous fixe, nous détermine. L'amitié au contraire se forme peu à peu, avec le temps, par la pratique, par un long commerce. 136

Le temps, qui fortifie les amitiés, affaiblit l'amour. 136

L'amour et l'amitié s'excluent l'un l'autre. 136 Note: point ? dans la marge.

L'on n'aime bien qu'une seule fois : c'est la première ; les amours qui suivent sont moins involontaires. 137

L'amour qui naît subitement est le plus long à guérir. 137

L'amour qui croît peu à peu et par degrés ressemble trop à l'amitié pour être une passion violente. 137

Vouloir oublier quelqu'un, c'est y penser. 140

Les choses les plus souhaitées n'arrivent point ; ou si elles arrivent, ce n'est ni dans le temps ni dans les circonstances où elles auraient fait un extrême plaisir. 142

Il faut rire avant que d'être heureux, de peur de mourir sans avoir ri. 142

Qu'il est difficile d'être content de quelqu'un ! 143

C'est par faiblesse que l'on hait un ennemi, et que l'on songe à s'en venger ; et c'est par paresse que l'on s'apaise, et qu'on ne se venge point. 143

Il y a bien autant de paresse que de faiblesse à se laisser gouverner. 143

L'on est plus sociable et d'un meilleur commerce par le cœur que par l'esprit. 145


DE LA SOCIÉTÉ ET DE LA CONVERSATION

L'esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup qu'à en faire trouver aux autres : celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit, l'est de vous parfaitement. Les hommes n'aiment point à vous admirer, ils veulent plaire ; ils cherchent moins à être instruits, et même réjouis, qu'à être goûtés et applaudis ; et le plaisir le plus délicat est de faire celui d'autrui. 153

Dire d'une chose modestement ou qu'elle est bonne ou qu'elle est mauvaise, et les raisons pourquoi elle est telle, demande du bon sens et de l'expression : c'est une affaire. Il est plus court de prononcer d'un ton décisif, et qui emporte la preuve de ce qu'on avance, ou qu'elle est exécrable, ou qu'elle est miraculeuse. 154

La politesse n'inspire pas toujours la bonté, l'équité, la complaisance, la gratitude ; elle en donne du moins les apparences, et fait paraître l'homme au dehors comme il devrait être intérieurement. 157

Dans la société, c'est la raison qui plie la première. Les plus sages sont souvent menés par le plus fou et le plus bizarre [...] 159

Il est souvent plus court et plus utile de cadrer aux autres que de faire que les autres s'ajustent à nous. 160

J'approche d'une petite ville, et je suis déjà sur une hauteur d'où je la découvre. Elle est située à mi-côte ; une rivière baigne ses murs, et coule ensuite dans une belle prairie ; elle a une forêt épaisse qui la couvre des vents froids et de l'aquilon. Je la vois dans un jour si favorable, que je compte ses tours et ses clochers ; elle me paraît peinte sur le penchant de la colline. Je me récrie, et je dis : « Quel plaisir de vivre sous un si beau ciel et dans ce séjour si délicieux ! » Je descends dans la ville, où je n'ai pas couché deux nuits, que je ressemble à ceux qui l'habitent : j'en veux sortir. 160 Note: dans la marge un «i» majuscule.

Il y a une chose que l'on n'a point vue sous le ciel et que selon toutes les apparences on ne verra jamais : c'est une petite ville qui n'est divisée en aucuns partis ; [...] 160

[...] Théobalde, fallait-il vous donner dans votre jeunesse, et lorsque vous étiez la coqueluche ou l'entêtement de certaines femmes qui ne juraient que par vous et sur votre parole, qui disaient : Cela est délicieux ; qu'a-t-il dit ? 163

C'est la profonde ignorance qui inspire le ton dogmatique. Celui qui ne sait rien croit enseigner aux autres ce qu'il vient d'apprendre lui-même ; celui qui sait beaucoup pense à peine que ce qu'il dit puisse être ignoré, et parle plus indifféremment. 166

Les plus grandes choses n'ont besoin que d'être dites simplement : elles se gâtent par l'emphase. Il faut dire noblement les plus petites : elles ne se soutiennent que par l'expression, le ton et la manière. 166

Il me semble que l'on dit les choses encore plus finement qu'on ne peut les écrire. 166 Note: point ? dans la marge.

Toute révélation d'un secret est la faute de celui qui l'a confié. 167


DES BIENS DE FORTUNE

Un projet assez vain serait de vouloir tourner un homme fort sot et fort riche en ridicule ; les rieurs sont de son côté. 171

Je vais, Clitiphon, à votre porte ; le besoin que j'ai de vous me chasse de mon lit et de ma chambre : plût aux Dieux que je ne fusse ni votre client ni votre fâcheux ! Vos esclaves me disent que vous êtes enfermé, et que vous ne pouvez m'écouter que d'une heure entière. Je reviens avant le temps qu'ils m'ont marqué, et ils me disent que vous êtes sorti. Que faites-vous, Clitiphon, dans cet endroit le plus reculé de votre appartement, de si laborieux, qui vous empêche de m'entendre ? Vous enfilez quelques mémoires, vous collationnez un registre, vous signez, vous parafez. Je n'avais qu'une chose à vous demander, et vous n'aviez qu'un mot à me répondre, oui, ou non. Voulez-vous être rare ? Rendez service à ceux qui dépendent de vous : vous le serez davantage par cette conduite que par ne vous pas laisser voir. Ô homme important et chargé d'affaires, qui à votre tour avez besoin de mes offices, venez dans la solitude de mon cabinet : le philosophe est accessible ; je ne vous remettrai point à un autre jour. Vous me trouverez sur les livres de Platon qui traitent de la spiritualité de l'âme et de sa distinction d'avec le corps, ou la plume à la main pour calculer les distances de Saturne et de Jupiter : j'admire Dieu dans ses ouvrages, et je cherche, par la connaissance de la vérité, à régler mon esprit et devenir meilleur. Entrez, toutes les portes vous sont ouvertes ; mon antichambre n'est pas faite pour s'y ennuyer en m'attendant ; passez jusqu'à moi sans me faire avertir. Vous m'apportez quelque chose de plus précieux que l'argent et l'or, si c'est une occasion de vous obliger. Parlez, que voulez-vous que je fasse pour vous ? Faut-il quitter mes livres, mes études, mon ouvrage, cette ligne qui est commencée ? Quelle interruption heureuse pour moi que celle qui vous est utile ! Le manieur d'argent, l'homme d'affaires est un ours qu'on ne saurait apprivoiser ; on ne le voit dans sa loge qu'avec peine : que dis-je ? on ne le voit point ; car d'abord on ne le voit pas encore, et bientôt on le voit plus. L'homme de lettres au contraire est trivial comme une borne au coin des places ; il est vu de tous, et à toute heure, et en tous états, à table, au lit, nu, habillé, sain ou malade : il ne peut être important, et il ne le veut point être. 171

On ne peut mieux user de sa fortune que fait Périandre : elle lui donne du rang, du crédit, de l'autorité ; déjà on ne le prie plus d'accorder son amitié, on implore sa protection. Il a commencé par dire de soi-même : un homme de ma sorte ; il passe à dire : un homme de ma qualité ; il se donne pour tel, et il n'y a personne de ceux à qui il prête de l'argent, ou qu'il reçoit à sa table, qui est délicate, qui veuille s'y opposer. 174

Combien d'hommes ressemblent à ces arbres déjà forts et avancés que l'on transplante dans les jardins, où ils surprennent les yeux de ceux qui les voient placés dans de beaux endroits où ils ne les ont point vus croître, et qui ne connaissent ni leurs commencements ni leurs progrès ! 174

Faire fortune est une si belle phrase, [...] 177

L'on ouvre et l'on étale tous les matins pour tromper son monde ; et l'on ferme le soir après avoir trompé tout le jour. 179

Celui-là est riche, qui reçoit plus qu'il ne consume ; celui-là est pauvre, dont la dépense excède la recette. 180

Il n'y a au monde que deux manières de s'élever, ou par sa propre industrie, ou par l'imbécillité des autres. 181

Jeune, on conserve pour sa vieillesse ; vieux, on épargne pour la mort. L'héritier prodigue paye de superbes funérailles, et dévore le reste. 183

L'avare dépense plus mort en un seul jour, qu'il ne faisait vivant en dix années ; et son héritier plus en dix mois, qu'il n'a su faire lui-même en toute sa vie. 183

Ce que l'on prodigue, on l'ôte à son héritier ; ce que l'on épargne sordidement, on se l'ôte à soi-même. Le milieu est justice pour soi et pour les autres. 183

Les enfants peut-être seraient plus chers à leurs pères, et réciproquement les pères à leurs enfants, sans le titre d'héritiers. 183

C'est un sale et indigne métier, il est vrai, que de tromper ; mais c'est un métier qui est ancien, connu, pratiqué de tout temps par ce genre d'hommes que j'appelle des brelandiers. 185

Il n'y a qu'une affliction qui dure, qui est celle qui vient de la perte de biens : le temps, qui adoucit toutes les autres, aigrit celle-ci. Nous sentons à tous moments, pendant le cours de notre vie, où le bien que nous avons perdu nous manque. 185

Phédon a les yeux creux, le teint échauffé, le corps sec et le visage maigre ; il dort peu, et d'un sommeil fort léger ; il est abstrait, rêveur, et il a avec de l'esprit l'air d'un stupide : il oublie de dire ce qu'il sait, ou de parler d'événements qui lui sont connus ; et s'il le fait quelquefois, il s'en tire mal, il croit peser à ceux à qui il parle, il conte brièvement, mais froidement ; il ne se fait pas écouter, il ne fait point rire. Il applaudit, il sourit à ce que les autres lui disent, il est de leur avis ; il court, il vole pour leur rendre de petits services. Il est complaisant, flatteur, empressé ; il est mystérieux sur ses affaires, quelquefois menteur ; il est superstitieux, scrupuleux, timide. Il marche doucement et légèrement, il semble craindre de fouler la terre ; il marche les yeux baissés, et il n'ose les lever sur ceux qui passent. Il n'est jamais du nombre de ceux qui forment un cercle pour discourir ; il se met derrière celui qui parle, recueille furtivement ce qui se dit, et il se retire si on le regarde. Il n'occupe point de lieu, il ne tient point de place ; il va les épaules serrées, le chapeau abaissé sur ses yeux pour n'être point vu ; il se replie et se renferme dans son manteau ; il n'y a point de rues ni de galeries si embarrassées et si remplies de monde, où il ne trouve moyen de passer sans effort, et de se couler sans être aperçu. Si on le prie de s'asseoir, il se met à peine sur le bord d'un siège ; il parle bas dans la conversation, et il articule mal ; libre néanmoins sur les affaires publiques, chagrin contre le siècle, médiocrement prévenu des ministres et du ministère. Il n'ouvre la bouche que pour répondre ; il tousse, il se mouche sous son chapeau, il crache presque sur soi, et il attend qu'il soit seul pour éternuer, ou, si cela lui arrive, c'est à l'insu de la compagnie : il n'en coûte à personne ni salut ni compliment. Il est pauvre. 188


DE LA VILLE

Ils ne savaient point encore se priver du nécessaire pour avoir le superflu, ni préférer le faste aux choses utiles. 198


DE LA COUR

Combien de gens vous étouffent de caresses dans le particulier, vous aiment et vous estiment, qui sont embarrassés de vous dans le public, et qui, au lever ou à la messe, évitent vos yeux et votre rencontre ! 208

L'on voit des hommes tomber d'une haute fortune par les mêmes défauts qui les y avaient fait monter. 209

L'on court les malheureux pour les envisager ; l'on se range en haie, ou l'on se place aux fenêtres, pour observer les traits et la contenance d'un homme qui est condamné, et qui sait qu'il va mourir : vaine, maligne, inhumaine curiosité ; si les hommes étaient sages, la place publique serait abandonnée, et il serait établi qu'il y aurait de l'ignominie seulement à voir de tels spectacles. 212

Il y a un pays où les joies sont visibles, mais fausses, et les chagrins cachés, mais réels. 217

Il y a un certain nombre de phrases toutes faites, que l'on prend comme dans un magasin et dont l'on se sert pour se féliciter les uns les autres sur les événements. Bien qu'elles se disent souvent sans affection, et qu'elles soient reçues sans reconnaissance, il n'est pas permis avec cela de les omettre, parce que du moins elles sont l'image de ce qu'il y a au monde de meilleur, qui est l'amitié, et que les hommes, ne pouvant guère compter les uns sur les autres pour la réalité, semblent être convenus entre eux de se contenter des apparences. 221

Il y a quelques rencontres dans la vie où la vérité et la simplicité sont le meilleur manège du monde. 222

L'homme a bien peu de ressources dans soi-même, puisqu'il lui faut une disgrâce ou une mortification pour le rendre plus humain, plus traitable, moins féroce, plus honnête homme. 223


DES GRANDS

Une froideur ou une incivilité qui vient de ceux qui sont au-dessus de nous nous les fait haïr, mais un salut ou un sourire nous les réconcilie. 229

Le peuple n'a guère d'esprit, et les grands n'ont point d'âme : celui-là a un bon fond, et n'a point de dehors ; ceux-ci n'ont que des dehors et qu'une simple superficie. Faut-il opter ? Je ne balance pas : je veux être peuple. 232

Les aises de la vie, l'abondance, le calme d'une grande prospérité font que les princes ont de la joie de reste pour rire d'un nain, d'un singe, d'un imbécile et d'un mauvais conte : les gens moins heureux ne rient qu'à propos. 232

Mais non, les princes ressemblent aux hommes ; ils songent à eux-mêmes, suivent leur goût, leurs passions, leur commodité : cela est naturel. 232

Il y a le peuple qui est opposé aux grands : c'est la populace et la multitude ; il y a le peuple qui est opposé aux sages, aux habiles et aux vertueux : ce sont les grands comme les petits. 240

L'on doit se taire sur les puissants : il y a presque toujours de la flatterie à en dire du bien ; il y a du péril à en dire du mal pendant qu'ils vivent, et de la lâcheté quand ils sont morts. 240


DU SOUVERAIN OU DE LA RÉPUBLIQUE

De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s'égorger les uns les autres ; et pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté, ils ont inventé de belles règles qu'on appelle l'art militaire ; ils ont attaché à la pratique de ces règles la gloire ou la plus solide réputation ; et ils ont depuis renchéri de siècle en siècle sur la manière de se détruire réciproquement. De l'injustice des premiers hommes, comme de son unique source, est venue la guerre, ainsi que la nécessité où ils se sont trouvés de se donner des maîtres qui fixassent leurs droits et leurs prétentions. Si, content du sien, on eût pu s'abstenir du bien de ses voisins, on avait pour toujours la paix et la liberté. 244

Le faste et le luxe dans un souverain, c'est le berger habillé d'or et de pierreries, la houlette d'or en ses mains ; son chien a un collier d'or, il est attaché avec une laisse d'or et de soie. Que sert tant d'or à son troupeau ou contre les loups ? 254


DE L'HOMME

Il est difficile de décider si l'irrésolution rend l'homme plus malheureux que méprisable ; de même s'il y a toujours plus d'inconvénient à prendre un mauvais parti, qu'à n'en prendre aucun. 261

Dire d'un homme colère, inégal, querelleux, chagrin, pointilleux, capricieux : « c'est son humeur » n'est pas l'excuser, comme on le croit, mais avouer sans y penser que de si grands défauts sont irrémédiables. 267

[...] la chose la plus prompte et qui se présente d'abord, c'est le refus, et l'on n'accorde que par réflexion. 267

Il y a des vices que nous ne devons à personne, que nous apportons en naissant, et que nous fortifions par l'habitude ; il y en a d'autres que l'on contracte, et qui nous sont étrangers. L'on est né quelquefois avec des mœurs faciles, de la complaisance, et tout le désir de plaire ; mais par les traitements que l'on reçoit de ceux avec qui l'on vit ou de qui l'on dépend, l'on est bientôt jeté hors de ses mesures, et même de son naturel : l'on a des chagrins et une bile que l'on ne se connaissait point, l'on se voit une autre complexion, l'on est enfin étonné de se trouver dur et épineux. 268

Tout est étranger dans l'humeur, les mœurs et les manières de la plupart des hommes. Tel a vécu pendant toute sa vie chagrin, emporté, avare, rampant, soumis, laborieux, intéressé, qui était né gai, paisible, paresseux, magnifique, d'un courage fier et éloigné de toute bassesse : les besoins de la vie, la situation où l'on se trouve, la loi de la nécessité forcent la nature et y causent ces grands changements. Ainsi tel homme au fond et en lui-même ne se peut définir : trop de choses qui sont hors de lui l'altèrent, le changent, le bouleversent ; il n'est point précisément ce qu'il est ou ce qu'il paraît être. 268

La vie est courte et ennuyeuse : elle se passe toute à désirer. 269

Il est si ordinaire à l'homme de n'être pas heureux, et si essentiel à tout ce qui est un bien d'être acheté par mille peines, qu'une affaire qui se rend facile devient suspecte. 269

Les hommes ont tant de peine à s'approcher sur les affaires, sont si épineux sur les moindres intérêts, si hérissés de difficultés, veulent si fort tromper et si peu être trompés, mettent si haut ce qui leur appartient, et si bas ce qui appartient aux autres, que j'avoue que je ne sais par où et comment se peuvent conclure les mariages, les contrats, les acquisitions, la paix, la trêve, les traités, les alliances. 269

Il peut haïr les hommes en général, où il y a si peu de vertu ; mais il excuse les particuliers, [...] 270

Il y a de certains biens que l'on désire avec emportement, et dont l'idée seule nous enlève et nous transporte : s'il nous arrive de les obtenir, on les sent plus tranquillement qu'on ne l'eût pensé, on en jouit moins que l'on n'aspire encore à de plus grands. 271

 Il y a des maux effroyables et d'horribles malheurs où l'on n'ose penser, et dont la seule vue fait frémir : s'il arrive que l'on y tombe, l'on se trouve des ressources que l'on ne se connaissait point, l'on se raidit contre son infortune, et l'on fait mieux qu'on ne l'espérait. 271

L'on craint la vieillesse, que l'on n'est pas sûr de pouvoir atteindre. 272

Si de tous les hommes les uns mouraient, les autres non, ce serait une désolante affliction que de mourir. 273

Le regret qu'ont les hommes du mauvais emploi du temps qu'ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivre un meilleur usage. 273

Il n'y a pour l'homme que trois événements : naître, vivre et mourir. Il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre. 273

Les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés ; ils rient et pleurent facilement ; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets ; ils ne veulent point souffrir de mal, et aiment à en faire : ils sont déjà des hommes. 274

Les enfants n'ont ni passé ni avenir, et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent. 274

Les enfants [...] et, ce qu'ils ignorent dans la suite de leur vie, savent à cet âge être les arbitres de leur fortune, et les maîtres de leur propre félicité. 274

La paresse, l'indolence et l'oisiveté, vices si naturels aux enfants, disparaissent dans leurs jeux, où ils sont vifs, appliqués, exacts, amoureux des règles et de la symétrie, où ils ne se pardonnent nulle faute les uns aux autres, et recommencent eux-mêmes plusieurs fois une seule chose qu'ils ont manquée : présages certains qu'ils pourront un jour négliger leurs devoirs, mais qu'ils n'oublieront rien pour leurs plaisirs. 275

Tel vient de mourir à Paris de la fièvre qu'il a gagnée à veiller sa femme, qu'il n'aimait point. 277

L'homme, de sa nature, pense hautement et superbement de lui-même, et ne pense ainsi que de lui-même : la modestie ne tend qu'à faire que personne n'en souffre ; elle est une vertu du dehors, qui règle ses yeux, sa démarche, ses paroles, son ton de voix, et qui le fait agir extérieurement avec les autres comme s'il n'était pas vrai qu'il les compte pour rien. 279

Comme il faut se défendre de cette vanité qui nous fait penser que les autres nous regardent avec curiosité et avec estime, et ne parlent ensemble que pour s'entretenir de notre mérite et faire notre éloge, aussi devons-nous avoir une certaine confiance qui nous empêche de croire qu'on ne se parle à l'oreille que pour dire du mal de nous, ou que l'on ne rit que pour s'en moquer. 279

L'on est si rempli de soi-même, que tout s'y rapporte ; l'on aime à être vu, à être montré, à être salué, même des inconnus : ils sont fiers s'ils l'oublient ; l'on veut qu'ils nous devinent. 279

Nous cherchons notre bonheur hors de nous-mêmes, et dans l'opinion des hommes, que nous connaissons flatteurs, peu sincères, sans équité, pleins d'envie, de caprices et de préventions. Quelle bizarrerie ! 279

La moquerie au contraire est de toutes les injures celle qui se pardonne le moins ; elle est le langage du mépris, et l'une des manières dont il se fait le mieux entendre ; elle attaque l'homme dans son dernier retranchement, qui est l'opinion qu'il a de soi-même ; elle veut le rendre ridicule à ses propres yeux ; et ainsi elle le convainc de la plus mauvaise disposition où l'on puisse être pour lui, et le rend irréconciliable. 279

On est prompt à connaître ses plus petits avantages, et lent à pénétrer ses défauts. 280

Personne ne dit de soi, et surtout sans fondement, qu'il est beau, qu'il est généreux, qu'il est sublime : on a mis ces qualités à un trop haut prix ; on se contente de le penser. 281

Les petits sont quelquefois chargés de mille vertus inutiles ; ils n'ont pas de quoi les mettre en œuvre. 283

Il coûte moins à certains hommes de s'enrichir de mille vertus, que de se corriger d'un seul défaut. 284

La plupart des hommes emploient la meilleure partie de leur vie à rendre l'autre misérable. 285

Les haines sont si longues et si opiniâtrées, que le plus grand signe de mort dans un homme malade, c'est la réconciliation. 286

Tels hommes passent une longue vie à se défendre des uns et à nuire aux autres, et ils meurent consumés de vieillesse, après avoir causé autant de maux qu'ils en ont souffert. 291

Quelle misère ! et puisqu'il est vrai que dans un si étrange commerce, ce que l'on pense gagner d'un côté on le perd de l'autre, ne reviendrait-il pas au même de renoncer à toute hauteur et à toute fierté, qui convient si peu aux faibles hommes, et de composer ensemble, de se traiter tous avec une mutuelle bonté, qui, avec l'avantage de n'être jamais mortifiés, nous procurerait un aussi grand bien que celui de ne mortifier personne ? 293

Il n'y a pour l'homme qu'un vrai malheur, qui est de se trouver en faute, et d'avoir quelque chose à se reprocher. 293

La plupart des hommes, pour arriver à leurs fins, sont plus capables d'un grand effort que d'une longue persévérance : leur paresse ou leur inconstance leur fait perdre le fruit des meilleurs commencements ; ils se laissent souvent devancer par d'autres qui sont partis après eux, et qui marchent lentement, mais constamment. 294 Note: crochet dans la marge

L'homme du meilleur esprit est inégal ; 295

Si l'homme savait rougir de soi, quels crimes, non seulement cachés, mais publics et connus, ne s'épargnerait-il pas ! 297

Il y a dans quelques hommes une certaine médiocrité d'esprit qui contribue à les rendre sages. 297 Note: point ? dans la marge

Il faut aux enfants les verges et la férule ; il faut aux hommes faits une couronne, un sceptre, un mortier, des fourrures, des faisceaux, des timbales, des hoquetons. La raison et la justice dénuées de tous leurs ornements ni ne persuadent ni n'intimident. L'homme, qui est esprit, se mène par les yeux et les oreilles. 297


DES JUGEMENTS

Les hommes ne se goûtent qu'à peine les uns les autres, n'ont qu'une faible pente à s'approuver réciproquement : action, conduite, pensée, expression, rien ne plaît, rien ne contente ; ils substituent à la place de ce qu'on leur récite, de ce qu'on leur dit ou de ce qu'on leur lit, ce qu'ils auraient fait eux-mêmes en pareille conjoncture, ce qu'ils penseraient ou ce qu'ils écriraient sur un tel sujet, et ils sont si pleins de leurs idées, qu'il n'y a plus de place pour celles d'autrui. 301

Qu'on ne me parle jamais d'encre, de papier, de plume, de style, d'imprimeur, d'imprimerie, qu'on ne se hasarde plus de me dire : « Vous écrivez si bien, Antisthène ! continuez d'écrire ; ne verrons-nous point de vous un in-folio ? traitez de toutes les vertus et de tous les vices dans un ouvrage suivi, méthodique, qui n'ait point de fin » ; ils devraient ajouter : « et nul cours. » Je renonce à tout ce qui a été, qui est et qui sera livre. Bérylle tombe en syncope à la vue d'un chat, et moi à la vue d'un livre. Suis-je mieux nourri et plus lourdement vêtu, suis-je dans ma chambre à l'abri du nord, ai-je un lit de plumes, après vingt ans entiers qu'on me débite dans la place ? J'ai un grand nom, dites-vous, et beaucoup de gloire : dites que j'ai beaucoup de vent qui ne sert à rien. Ai-je un grain de ce métal qui procure toutes choses ? Le vil praticien grossit son mémoire, se fait rembourser des frais qu'il n'avance pas, et il a pour gendre un comte ou un magistrat. Un homme rouge ou feuille-morte devient commis, et bientôt plus riche que son maître ; il le laisse dans la roture, et avec de l'argent il devient noble. B** s'enrichit à montrer dans un cercle des marionnettes ; BB** à vendre en bouteille l'eau de la rivière. Un autre charlatan arrive ici de delà les monts avec une malle ; il n'est pas déchargé que les pensions courent, et il est prêt de retourner d'où il arrive avec des mulets et des fourgons. Mercure est Mercure, et rien davantage, et l'or ne peut payer ses médiations et ses intrigues : on y ajoute la faveur et les distinctions. Et sans parler que des gains licites, on paye au tuilier sa tuile, et à l'ouvrier son temps et son ouvrage ; paye-t-on à un auteur ce qu'il pense et ce qu'il écrit ? et s'il pense très bien, le paye-t-on très largement ? Se meuble-t-il, s'anoblit-il à force de penser et d'écrire juste ? Il faut que les hommes soient habillés, qu'ils soient rasés ; il faut que retirés dans leurs maisons, ils aient une porte qui ferme bien : est-il nécessaire qu'ils soient instruits ? Folie, simplicité, imbécillité, continue Antisthène, de mettre l'enseigne d'auteur ou de philosophe ! Avoir, s'il se peut, un office lucratif, qui rende la vie aimable, qui fasse prêter à ses amis, et donner à ceux qui ne peuvent rendre ; écrire alors par jeu, par oisiveté, et comme Tityre siffle ou joue de la flûte ; cela ou rien ; j'écris à ces conditions, et je cède ainsi à la violence de ceux qui me prennent à la gorge, et me disent : « Vous écrirez. » Ils liront pour titre de mon nouveau livre : Du Beau, Du Bon, Du Vrai, Des Idées, Du Premier Principe, par Antisthène, vendeur de marée. 305

[...] et s'il y a en nous quelque barbarie, elle consiste à être épouvantés de voir d'autres peuples raisonner comme nous. 306

Ceux qui, sans nous connaître assez, pensent mal de nous, ne nous font pas de tort : ce n'est pas nous qu'ils attaquent, c'est le fantôme de leur imagination. 310

Je ne sais s'il est permis de juger des hommes par une faute qui est unique, et si un besoin extrême ; ou une violente passion, ou un premier mouvement tirent à conséquence. 310

Les vices partent d'une dépravation du cœur ; les défauts, d'un vice de tempérament ; le ridicule, d'un défaut d'esprit. 312

L'une des marques de la médiocrité de l'esprit est de toujours conter. 312

Il est ordinaire et comme naturel de juger du travail d'autrui seulement par rapport à celui qui nous occupe. Ainsi le poète, rempli de grandes et sublimes idées, estime peu le discours de l'orateur, qui ne s'exerce souvent que sur de simples faits ; et celui qui écrit l'histoire de son pays ne peut comprendre qu'un esprit raisonnable emploie sa vie à imaginer des fictions et à trouver une rime ; de même le bachelier plongé dans les quatre premiers siècles, traite toute autre doctrine de science triste, vaine et inutile, pendant qu'il est peut-être méprisé du géomètre. 316

Les choses les plus communes, les plus triviales, et qu'il (Hérille) est même capable de penser, il veut les devoir aux anciens, aux Latins, aux Grecs ; ce n'est ni pour donner plus d'autorité à ce qu'il dit, ni peut-être pour se faire honneur de ce qu'il sait : il veut citer. 316

Il est bon d'être philosophe, il n'est guère utile de passer pour tel. 317

C'est abréger et s'épargner mille discours, que de penser de certaines gens qu'ils sont incapables de parler juste, et de condamner ce qu'ils disent, ce qu'ils ont dit, et ce qu'ils diront. 318

[...] et il semble qu'estimer quelqu'un, c'est l'égaler à soi.318

 Est-ce un bien pour l'homme que la liberté, si elle peut être trop grande et trop étendue, telle enfin qu'elle ne serve qu'à lui faire désirer quelque chose, qui est d'avoir moins de liberté ? 324

Si le monde dure seulement cent millions d'années, il est encore dans toute sa fraîcheur, et ne fait presque que commencer ; nous-mêmes nous touchons aux premiers hommes et aux patriarches, et qui pourra ne nous pas confondre avec eux dans des siècles si reculés ? Mais si l'on juge par le passé de l'avenir, quelles choses nouvelles nous sont inconnues dans les arts, dans les sciences, dans la nature, et j'ose dire dans l'histoire ! quelles découvertes ne fera-t-on point ! quelles différentes révolutions ne doivent pas arriver sur toute la face de la terre, dans les États et dans les empires ! quelle ignorance est la nôtre ! et quelle légère expérience que celle de six ou sept mille ans ! 325 Note: astérisque dans la marge

Il n'y a point de chemin trop long à qui marche lentement et sans se presser : il n'y a point d'avantages trop éloignés à qui s'y prépare par la patience. 325

Le monde est pour ceux qui suivent les cours ou qui peuplent les villes ; la nature n'est que pour ceux qui habitent la campagne : eux seuls vivent, eux seuls du moins connaissent qu'ils vivent. 325

« Petits hommes, hauts de six pieds, tout au plus de sept, qui vous enfermez aux foires comme géants et comme des pièces rares dont il faut acheter la vue, dès que vous allez jusques à huit pieds ; qui vous donnez sans pudeur de la hautesse et de l'éminence, qui est tout ce que l'on pourrait accorder à ces montagnes voisines du ciel et qui voient les nuages se former au-dessous d'elles ; espèce d'animaux glorieux et superbes, qui méprisez toute autre espèce, qui ne faites pas même comparaison avec l'éléphant et la baleine ; approchez, hommes, répondez un peu à Démocrite. Ne dites-vous pas en commun proverbe : des loups ravissants, des lions furieux, malicieux comme un singe ? Et vous autres, qui êtes-vous ? J'entends corner sans cesse à mes oreilles : L'homme est un animal raisonnable. Qui vous a passé cette définition ? sont-ce les loups, les singes et les lions, ou si vous vous l'êtes accordée à vous-mêmes ? C'est déjà une chose plaisante que vous donniez aux animaux, vos confrères, ce qu'il y a de pire, pour prendre pour vous ce qu'il y a de meilleur. Laissez-les un peu se définir eux-mêmes, et vous verrez comme ils s'oublieront et comme vous serez traités. Je ne parle point, ô hommes, de vos légèretés, de vos folies et de vos caprices, qui vous mettent au-dessous de la taupe et de la tortue, qui vont sagement leur petit train, et qui suivent sans varier l'instinct de leur nature ; mais écoutez-moi un moment. Vous dites d'un tiercelet de faucon qui est fort léger, et qui fait une belle descente sur la perdrix : « Voilà un bon oiseau » ; et d'un lévrier qui prend un lièvre corps à corps : « C'est un bon lévrier. » Je consens aussi que vous disiez d'un homme qui court le sanglier, qui le met aux abois, qui l'atteint et qui le perce : « Voilà un brave homme. »Mais si vous voyez deux chiens qui s'aboient, qui s'affrontent, qui se mordent et se déchirent, vous dites : « Voilà de sots animaux » ; et vous prenez un bâton pour les séparer. Que si l'on vous disait que tous les chats d'un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu'après avoir miaulé tout leur soûl, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres, et ont joué ensemble de la dent et de la griffe ; que de cette mêlée il est demeuré de part et d'autre neuf à dix mille chats sur la place, qui ont infecté l'air à dix lieues de là par leur puanteur, ne diriez-vous pas : « Voilà le plus abominable sabbat dont on ait jamais ouï parler ? » Et si les loups en faisaient de même : « Quels hurlements ! quelle boucherie ! » Et si les uns ou les autres vous disaient qu'ils aiment la gloire, concluriez-vous de ce discours qu'ils la mettent à se trouver à ce beau rendez-vous, à détruire ainsi et à anéantir leur propre espèce ? ou après l'avoir conclu, ne ririez-vous pas de tout votre cœur de l'ingénuité de ces pauvres bêtes ? Vous avez déjà, en animaux raisonnables, et pour vous, distinguer de ceux qui ne se servent que de leurs dents et de leurs ongles, imaginé les lances, les piques, les dards, les sabres et les cimeterres, et à mon gré fort judicieusement ; car avec vos seules mains que vous pouviez-vous vous faire les uns aux autres, que vous arracher les cheveux, vous égratigner au visage, ou tout au plus vous arracher les yeux de la tête ? au lieu que vous voilà munis d'instruments commodes, qui vous servent à vous faire réciproquement de larges plaies d'où peut couler votre sang jusqu'à la dernière goutte, sans que vous puissiez craindre d'en échapper. Mais comme vous devenez d'année à autre plus raisonnables, vous avez bien enchéri sur cette vieille manière de vous exterminer : vous avez de petits globes qui vous tuent tout d'un coup, s'ils peuvent seulement vous atteindre à la tête ou à la poitrine ; vous en avez d'autres, plus pesants et plus massifs, qui vous coupent en deux parts ou qui vous éventrent, sans compter ceux qui tombant sur vos toits, enfoncent les planchers, vont du grenier à la cave, en enlèvent les voûtes, et font sauter en l'air, avec vos maisons, vos femmes qui sont en couche, l'enfant et la nourrice : et c'est là encore où gît la gloire ; elle aime le remue-ménage, et elle est personne d'un grand fracas. Vous avez d'ailleurs des armes défensives, et dans les bonnes règles vous devez en guerre être habillés de fer, ce qui est sans mentir une jolie parure, et qui me fait souvenir de ces quatre puces célèbres que montrait autrefois un charlatan, subtil ouvrier, dans une fiole où il avait trouvé le secret de les faire vivre : il leur avait mis à chacune une salade en tête, leur avait passé un corps de cuirasse, mis des brassards, des genouillères, la lance sur la cuisse ; rien ne leur manquait, et en cet équipage elles allaient par sauts et par bonds dans leur bouteille. Feignez un homme de la taille du mont Athos, pourquoi non ? une âme serait-elle embarrassée d'animer un tel corps ? elle en serait plus au large : si cet homme avait la vue assez subtile pour vous découvrir quelque part sur la terre avec vos armes offensives et défensives, que croyez-vous qu'il penserait de petits marmousets ainsi équipés, et de ce que vous appelez guerre, cavalerie, infanterie, un mémorable siège, une fameuse journée ? N'entendrai-je donc plus bourdonner d'autre chose parmi vous ? le monde ne se divise-t-il plus qu'en régiments et en compagnies ? tout est-il devenu bataillon ou escadron ? Il a pris une ville, il en a pris une seconde, puis une troisième ; il a gagné une bataille, deux batailles ; il chasse l'ennemi, il vainc sur mer, il vainc sur terre : est-ce de quelqu'un de vous autres, est-ce d'un géant, d'un Athos, que vous parlez ? Vous avez surtout un homme pâle et livide qui n'a pas sur soi dix onces de chair, et que l'on croirait jeter à terre du moindre souffle. Il fait néanmoins plus de bruit que quatre autres, et met tout en combustion : il vient de pêcher en eau trouble une île tout entière ; ailleurs à la vérité, il est battu et poursuivi, mais il se sauve par les marais, et ne veut écouter ni paix ni trêve. Il a montré de bonne heure ce qu'il savait faire : il a mordu le sein de sa nourrice ; elle en est morte, la pauvre femme : je m'entends, il suffit. En un mot il était né sujet, et il ne l'est plus ; au contraire il est le maître, et ceux qu'il a domptés et mis sous le joug vont à la charrue et labourent de bon courage : ils semblent même appréhender, les bonnes gens, de pouvoir se délier un jour et de devenir libres, car ils ont étendu la courroie et allongé le fouet de celui qui les fait marcher ; ils n'oublient rien pour accroître leur servitude ; ils lui font passer l'eau pour se faire d'autres vassaux et s'acquérir de nouveaux domaines : il s'agit, il est vrai, de prendre son père et sa mère par les épaules et de les jeter hors de leur maison ; et ils l'aident dans une si honnête entreprise. Les gens de delà l'eau et ceux d'en deçà se cotisent et mettent chacun du leur pour se le rendre à eux tous de jour en jour plus redoutable : les Pictes et les Saxons imposent silence aux Bataves, et ceux-ci aux Pictes et aux Saxons ; tous se peuvent vanter d'être ses humbles esclaves, et autant qu'ils le souhaitent. Mais qu'entends-je de certains personnages qui ont des couronnes, je ne dis des comtes ou des marquis, dont la terre fourmille, mais des princes et des souverains ? ils viennent trouver cet homme dès qu'il a sifflé, ils se découvrent dès son antichambre, et ils ne parlent que quand on les interroge. Sont-ce là ces mêmes princes si pointilleux, si formalistes sur leurs rangs et sur leurs préséances, et qui consument pour les régler les mois entiers dans une diète ? Que fera ce nouvel archonte pour payer une si aveugle soumission, et pour répondre à une si haute idée qu'on a de lui ? S'il se livre une bataille, il doit la gagner, et en personne ; si l'ennemi fait un siège, il doit le lui faire lever, et avec honte, à moins que tout l'océan ne soit entre lui et l'ennemi : il ne saurait moins faire en faveur de ses courtisans. César lui-même ne doit-il pas venir en grossir le nombre ? il en attend du moins d'importants services ; car ou l'archonte échouera avec ses alliés, ce qui est plus difficile qu'impossible à concevoir, ou s'il réussit et que rien ne lui résiste, le voilà tout porté, avec ses alliés jaloux de la religion et de la puissance de César, pour fondre sur lui, pour lui enlever l'aigle, et le réduire, lui et son héritier, à la fasce d'argent et aux pays héréditaires. Enfin c'en est fait, ils se sont tous livrés à lui volontairement, à celui peut-être de qui ils devaient se défier davantage. Ésope ne leur dirait-il pas : La gent volatile d'une certaine contrée prend l'alarme et s'effraye du voisinage du lion, dont le seul rugissement lui fait peur : elle se réfugie auprès de la bête qui lui fait parler d'accommodement et la prend sous sa protection, qui se termine enfin à les croquer tous l'un après l'autre. 328


DE LA MODE

Y a-t-il des hommes qui dégénèrent de ce qu'ils furent autrefois ? Est-ce leur mérite qui est usé, ou le goût que l'on avait pour eux ? 339

DE QUELQUES USAGES

La question est une invention merveilleuse et tout à fait sûre pour perdre un innocent qui a la complexion faible, et sauver un coupable qui est né robuste. 363

La témérité des charlatans, et leurs tristes succès, qui en sont les suites, font valoir la médecine et les médecins : si ceux-ci laissent mourir, les autres tuent. 367


DE LA CHAIR

Rien


DES ESPRITS FORTS

L'on doute de Dieu dans une pleine santé, comme l'on doute que ce soit pécher que d'avoir un commerce avec une personne libre. Quand l'on devient malade, et que l'hydropisie est formée, l'on quitte sa concubine, et l'on croit en Dieu. 389

J'aurais une extrême curiosité de voir celui qui serait persuadé que Dieu n'est point : il me dirait du moins la raison invincible qui a su le convaincre. 390

L'impossibilité où je suis de prouver que Dieu n'est pas me découvre son existence. 390

L'homme est né menteur : la vérité est simple et ingénue, et il veut du spécieux et de l'ornement. 392

 Vouloir rendre raison de Dieu, de ses perfections, et si j'ose ainsi parler, de ses actions, c'est aller plus loin que les anciens philosophes, que les Apôtres, que les premiers docteurs, mais ce n'est pas rencontrer si juste ; c'est creuser longtemps et profondément, sans trouver les sources de la vérité. 393

Quand on ne serait pendant sa vie que l'apôtre d'un seul homme, ce ne serait pas être en vain sur la terre, ni lui être un fardeau inutile. 395

En un mot, je pense, donc Dieu existe ; car ce qui pense en moi, je ne le dois point à moi-même, parce qu'il n'a pas plus dépendu de moi de me le donner une première fois, qu'il dépend encore de moi de me le conserver un seul instant. Je ne le dois point à un être qui soit au-dessus de moi, et qui soit matière, puisqu'il est impossible que la matière soit au-dessus de ce qui pense : je le dois donc à un être qui est au-dessus de moi et qui n'est point matière ; et c'est Dieu. 399

Le monde entier, s'il est fait pour l'homme, est littéralement la moindre chose que Dieu ait fait pour l'homme : la preuve s'en tire du fond de la religion. 407

Tout est grand et admirable dans la nature ; il ne s'y voit rien qui ne soit marqué au coin de l'ouvrier ; ce qui s'y voit quelquefois d'irrégulier et d'imparfait suppose règle et perfection. 408

Mais si vous établissez que de tous les hommes répandus dans le monde, les uns soient riches et les autres pauvres et indigents, vous faites alors que le besoin rapproche mutuellement les hommes, les lie, les réconcilie : ceux-ci servent, obéissent, inventent, travaillent, cultivent, perfectionnent ; ceux-là jouissent, nourrissent, secourent, protègent, gouvernent : tout ordre est rétabli, et Dieu se découvre. 410 Note: astérisque dans la marge

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2019
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