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dimanche 25 octobre 2020

Écrire Montréal - Idées et pensées

Dans Écrire Montréal (Pierre Rousseau, 2002):

  • Derrière la place Royale, deux hommes attendent l’autobus. L’un parle, l’autre regarde ailleurs, tapote son crâne chauve avec un journal roulé serré. Il n’écoute pas.

  • Juste six gestes et je me retrouve à Montréal. J’entends du jazz, cette musique de ville. Si les trottoirs  jouaient de la musique, ce serait du jazz, en effet.

  • Celui qui court dans la ville n’est pas suspect, pourvu qu’il porte des joggings.

  • Du haut des airs, les trottoirs font cette écriture cunéiforme propice aux secrets archaïques.

  • L’histoire de Montréal est obsolète, elle est venue trop tard.

  • J’ai vu les souliers du frère André, ce québécois thaumaturge, à sa Place, angle Phillips et René-Lévesque. Des souliers luisants, frais cirés par les doigts et  peut-être par les bouches. Il y  a encore de fervents admirateurs et de ferventes admiratrices. Autour, les éboueurs ponctuels vident les poubelles, comme si de rien n’était. Rien n’est d’ailleurs, sinon les clameurs des pistons et les ronflements des gaz expulsés asphyxiant la vie extra-utérine.

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vendredi 16 octobre 2020

Écrire Montréal - Le mur

Dans Écrire Montréal (Pierre Rousseau, 2002):


Le mur

Il y a là

un mur défensif.

Un bastion imprenable.

Un rempart contre

la condition humaine.

Ici, pas d'odeurs

sauf celle de la ville

les gaz d'échappement.


Derrière, des personnes

se reposent.

À l'abri.

À l'ombre.

Tranquilles.

Des gens qui se cachent.


Comme d'habitude,

ni vues,

ni connues.


Elles n'ont pas de couleurs,

des fleurs grises

qu'on ne remarque pas

        sur le ciment meurtri.


Parfois, on entend

le bruit d'une bouteille

qu'on lance

Et qui rejoint les autres

vides

dans un tas désordonné.

L'immatériel est aussi ici

dans les reflets

dorés

ou verts

du verre.


Je pense à leurs yeux qui n'ont

que des lueurs grises

grises comme les pierres

        les pierres à aiguiser les malheurs.

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Écrire Montréal - Liberté

Dans Écrire Montréal (Pierre Rousseau, 2002):

Liberté

Quelque part,

il y a quelque chose.

Quelque chose d'errant,

d'un endroit à un autre,

Sans domicile fixe.

Nomade.

Le laisser-aller, sur place.

La langueur.

La disponibilité à la vie.

Rien ne presse.


La liberté se mérite

en dedans de soi-même,

devant le miroir,

ou devant l'assiette vide.

Courir n'assure pas la destination

Attendre non plus.

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mercredi 5 décembre 2018

Écrire Montréal - Je veux que tu me regardes, étrangère !

Dans Écrire Montréal (Pierre Rousseau, 2002):

Je veux que tu me regardes, étrangère !
Je veux que tu me regardes, étrangère !
Je veux que tu me regardes, étrangère !
Je veux que tu me regardes, étrangère !
...
Et tu passes sans me regarder.
Comment peux-tu prétendre n’être visible pour personne ?
Peut-être préfères-tu regarder quelque chose qui ne se voit pas ?
Astrologie, tarot ou esprits frappeurs ?
Tu cherches des fantômes ? Des ondes ? Des signes cabalistiques ?
Tu veux tout prévoir, tout savoir, tout croire ?
N’hésite pas à me regarder.
Il y a des jours où je me sens moins que rien.
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