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mardi 16 mars 2021

Poésie - Les fleurs du mal

Les fleurs du mal

Baudelaire

Librairie Générale Française, Paris, 1972.

Coll. «Livre de poche»; 677.

404 pages.

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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mercredi 10 février 2021

Poésie - Les fleurs du mal

Les fleurs du mal et autres poèmes

Baudelaire, Charles

Garnier-Flammarion, Paris, 1964 - 7.

254 pages.



La Vie antérieure

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir. 45

Bohémiens en voyage

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson ;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L'empire familier des ténèbres futures. 46


La Chevelure

O toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
O boucles ! O parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
À grands flots le parfum, le son et la couleur
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir? 53

Race de Caïn, au ciel monte,
Et sur la terre jette Dieu ! 144

Numérisation: Pierre Rousseau - © 2019
Archives Pierre Rousseau
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Littérature française - Les paradis artificiels

Les paradis artificiels

Charles Baudelaire

Garnier-Flammarion, Paris, 1966. N° 89.

192 pages.


Numérisation: Pierre Rousseau - © 2021
Archives Pierre Rousseau
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vendredi 25 septembre 2020

Poésie - Confessions XLV (Baudelaire)

J'appréciais ce poème de Baudelaire, tiré de Les Fleurs du mal (XLV Confession)


                 Une fois, une seule, aimable et douce femme,

                          À mon bras votre bras poli

                  S'appuya (sur le fond ténébreux de mon âme

                         Ce souvenir n'est point pâli);


                    II était tard; ainsi qu'une médaille neuve

                            La pleine lune s'étalait,

                  Et la solennité de la nuit, comme un fleuve,

                         Sur Paris dormant ruisselait.


                Et le long des maisons, sous les portes cochères,

                        Des chats passaient furtivement

              L'oreille au guet, ou bien, comme des ombres chères,

                       Nous accompagnaient lentement.


                    Tout à coup, au milieu de l'intimité libre

                            Éclose à la pâle clarté

                De vous, riche et sonore instrument où ne vibre

                            Que la radieuse gaieté,


                 De vous, claire et joyeuse ainsi qu'une fanfare

                           Dans le matin étincelant

                      Une note plaintive, une note bizarre

                         S'échappa, tout en chancelant


            Comme une enfant chétive, horrible, sombre, immonde,

                           Dont sa famille rougirait,

              Et qu'elle aurait longtemps, pour la cacher au monde,

                        Dans un caveau mise au secret.


                 Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde:

                        "Que rien ici-bas n'est certain,

                Et que toujours, avec quelque soin qu'il se farde,

                          Se trahit l'égoïsme humain;


                Que c'est un dur métier que d'être belle femme,

                          Et que c'est le travail banal

                   De la danseuse folle et froide qui se pâme

                          Dans son sourire machinal;


                  Que bâtir sur les coeurs est une chose sotte;

                       Que tout craque, amour et beauté,

                  Jusqu'à ce que l'Oubli les jette dans sa hotte

                         Pour les rendre à l'Éternité!"


                   J'ai souvent évoqué cette lune enchantée,

                          Ce silence et cette langueur,

                     Et cette confidence horrible chuchotée

                          Au confessionnal du cœur.

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mardi 11 février 2020

Littérature française - Les fleurs du mal

Les fleurs du mal
(Jaquette)

Charles Baudelaire

«sur vélin teinté numéroté de 51 à 2050» exemplaire N°1950.

Lithographies originales Grau Sala.

La bonne compagnie, Paris, 1943.

Pages non coupées.

14,0 x 20,5 cm; 318 pages.







Photos: Pierre Rousseau - © 2019
Archives Pierre Rousseau
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lundi 22 octobre 2018

Poésie - Baudelaire

Voici un travail pratique du cours Français 214, au Collège de Maisonneuve (Montréal), que j'ai présenté, lundi, le 23 décembre 1968, à Mlle C. Lepage.

Sujet: L'exotisme chez Baudelaire - Les Fleurs du mal - «La chevelure»

Note: 70 % (80 % - 10 % orthographe)

Commentaire du professeur:

Très bon travail, sérieux, qui me laisse toutefois sceptique quant à son «originalité» !!! Attention aux répétitions.

Encore une fois revient le commentaire: «qui me laisse toutefois sceptique quant à son originalité», un jugement que je qualifierais de «téméraire», car non fondé sur des preuves suffisantes. Pendant toutes mes études, je serai ainsi faussement accusé d'emprunt, voire de plagiat.










Texte intégral

Dans sa vingtième année, Baudelaire accomplit un voyage jusqu'à la Réunion, avec un séjour à l'île Maurice. Ce périple autour de l'Afrique a sans nul doute inspiré l'auteur des Fleurs du mal. Observant et admirant le mode de vie dans des pays étrangers entièrement différents de la France, Baudelaire a recueilli des sensations extraordinaires qu'il a su intégrer dans son oeuvre, L'exotisme se ressent dans plusieurs poèmes des Fleurs du mal, et les attraits exotiques qui ont capté l'admiration de l'auteur y sont aisément décelables.

Comme le fait remarquer Henri Lemaitre, nous retrouvons dans les Fleurs du mal un "symbolisme du parfum". En fait, que symbolise "le parfum" pour Baudelaire?

L'auteur identifie l'exotisme au parfum. Un parfum caractérise un pays comme le sentiment poétique caractérise le poète. Comme un parfum imprègne les objets environnants, l'exotisme s'imprègne profondément dans le voyageur. Baudelaire a goûté aux chaudes caresses de cet arôme enivrant qu'est l'exotisme. Et maintenant, c'est avec une intense sensation suave qu'il rêve à "tout un monde lointain, absent, presque défunt", et ce monde, Baudelaire le retrouve dans une chevelure.

Il faut maintenant se demander ce que symbolise cette chevelure dans laquelle l'auteur plonge avec ivresse, langoureusement. Cette chevelure, c'est tout simplement l'appel des souvenirs. Dans ces "cheveux bleus", Baudelaire revit son voyage, ses sensations. Il découvre et redécouvre l'exotisme qu'il a laissé là-bas; les exhalaisons de cette chevelure lui ouvrent les portes de paradis perdus.

Cette "toison" renferme un univers merveilleux, artificiel, où l'auteur plonge langoureusement son rêve, un univers de beauté, de richesses, de chaleur.

LE PARFUM
Comme mentionné plus haut, Baudelaire identifie le parfum à l'exotisme. Dans son poème "La chevelure", il fait fréquemment allusion à un parfum de telle sorte que l’arôme devient inséparable de la chevelure, comme les pays lointains et inconnus sont inséparables d'un exotisme caractéristique,

v.2 Ô boucles! Ô parfum chargé de nonchaloir!"
v. 8 "Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!"
v.10 "Le mien, Ô mon amour, nage dans ton parfum."
v.17 "À grands flots le parfum..."
v.25 "Infinis bercement du loisir embaumé !"
v.29 "Je m'enivre ardemment des senteurs confondues"

Donc, le parfum est, pour Baudelaire, le premier trait caractéristique de l'exotisme.

L'OCÉAN

v.9 "Comme d'autres esprits voguent sur la musique, (...)"
v.10 "Le mien, Ô mon amour! nage sur ton parfum"
v.13 "Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève!"
v.14 "Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve"
v.15 "De voiles, de rameurs, de flammes et de mât: (...)"
v.16  "Un port retentissant où mon âme peut boire"
v.17 "À grands flots le parfum, le son et la couleur;"
v.18 "Où les vaisseaux..."
v.21 "Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse"
v.22 "Dans ce noir océan,,."
v.23 "Et mon esprit subtil que le roulis caresse"
v.25 "Infinis bercements..."
v.34 "N'es-tu pas l'oasis..."

L'eau. Dans ce poème, Baudelaire utilise un ample vocabulaire marin: l'eau semble devenue - après le parfum - le thème second de l'exotisme. Dans son long périple autour de l'Afrique, l'auteur a été constamment en contact direct avec l'océan. Et sûrement que les "infinis bercements" ont influencé Baudelaire.

Pendant son voyage, il a dû être familiarisé avec ces expressions: voguer, nager, houle, mer, voiles, rameurs, port, flots, vaisseaux, plonger, océan, roulis, bercements, oasis, etc.

Et quel magnifique rapprochement pouvons-nous faire entre la mer et une chevelure ondulante. Baudelaire a admirablement fait cette identification lorsqu'il écrit: "Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève!", et c'est un départ vers un pays exotique. Et cet autre vers; "Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve". Oui, l'auteur a dû longuement promener son regard sur le vaste océan désert, et son esprit a vagabondé, rêveusement, sur cet horizon sans fin.

Il semble que le ciel ait peu influencé Baudelaire. Il en est fait mention deux fois seulement:

v.20 "D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur."
v.27 "Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond"

LES SENS
Tous les sens de l'auteur ont suavement goûté aux délices des pays exotiques. Et dans ce poème, il y a transmission de ces sensations ressenties.

Les sons
v.9 "...sur la musique,"
v,16 "Un port retentissant..."
v.17 "À grands flots le parfum, le son et la couleur."

Dans les vers 16 et 17, trois sens sont mentionnés: ouïe, odorat, vue. Les grands ports avec leur animation bruyante et colorée ont vraisemblablement attiré l'attention éveillée de Baudelaire. Les nombreuses escales qu'il a faites lui ont permis de prendre de vivants contacts dans les populations autochtones.

Les couleurs
v.3 "... l'alcôve obscure"
v.14 "Tu contiens, mer d'ébène,..."
v.17 "À grands flots, le parfum, le son et la couleur"
v.22 "Dans ce noir océan..."
v.26 "Cheveux bleus..."
v.26 "...ténèbres tendues"

Un fait impressionne: pourquoi l'auteur insiste-t-il sur les couleurs sombres, alors que les couleurs exotiques sont habituellement "voyantes"? Il ne faut pas oublier cette chevelure où l'auteur puise tous ses souvenirs, et cette chevelure est intensément noire: "Cheveux bleus..."

Les senteurs.
Généralement, le parfum frappe l'odorat de l'auteur. Mais à ces parfums se mêlent parfois les sueurs des hommes nus travaillant sous un soleil torride. Et Baudelaire n'a pas été insensible à ces êtres humains vivants dans la nature et luttant à force humaine contre elle :
"J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
"Se pâment longuement sous l'ardeur des climats;"

Et aussi des senteurs confondues:
"Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
"De l'huile de coco, du musc et du goudron."

Le toucher.
Dans ce poème, peu de mentions du toucher, sauf en ce qui regarde la chaleur:

"...la brûlante Afrique,"
"Se pâment longuement sous l'ardeur des climats."
"D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur."

LA RICHESSE
La richesse des psys exotiques n'a pas été sans influencer Baudelaire, et il le montre dans ces vers:

v.18 "Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,"
v.32 "Sèmera le rubis, la perle et le saphir."

Mais Baudelaire, vraisemblablement, ne s'attachait pas à la valeur matérielle de ces richesses. Il voyait peut-être dans ces trésors miroitants la cupidité des hommes à travers les siècles, et toutes les guerres occasionnées par ce vice des hommes. Ou encore, l'auteur ne retenait-il que l'aspect esthétique de ces richesses?

LES MOTS EXOTIQUES
L'auteur utilise un intéressant vocabulaire de mots exotiques tel que: Asie, Afrique, ébène, or, moire, huile de coco, musc, goudron, rubis, perle, saphir, oasis.

Baudelaire a désiré intégrer dans son poème un monde exotique, son univers de rêves dans lequel il se berce et s'engouffre.

Que représente l'exotisme pour Baudelaire? Premièrement, les pays lointains sont inséparables de l'océan. Pour atteindre leurs côtes bruyantes, le voyageur doit longuement naviguer sur la mer immense et son esprit a le temps de sauter les distances et de plonger instantanément dans l'exotisme d'un pays inconnu. Le voyageur imagine un univers miroitant de pierres précieuses, de marbre et d'ébène; il admire la démarche gracieuse des femmes et leur beauté légendaire; il hume le parfum et l'encens, la sueur des hommes. Tout ce monde défile dans son esprit: c'est un univers irréel. Mais qu'arrive-t-il lorsqu'il aborde les cités nouvelles? Il est le plus souvent déçu: tout avait été qu'illusion imaginative. Il tombe dans une brutale réalité; mais à son retour, ce voyageur gardera dans ses souvenirs, la féerique irréalité qu'il aura tendrement caressée.

Et Baudelaire a lui aussi préservé dans ses rêves la beauté enchanteresse de l'exotisme. Il ne rend pas la réalité dans son poème. Il brode et maquille un univers qui l'a peut-être déçu, tout au moins en partie. Il décrit ce qu'il aime: ses désirs deviennent des descriptions imagées.

L'ouïe, l'odorat, la vue et le toucher jouent un grand rôle dans l'exotisme imaginé par Baudelaire. Le parfum semble tout particulièrement avoir impressionné l'auteur, qui a même identifié le parfum à l'exotisme. Le parfum, c'est l'exotisme avec tout ce que cela renferme, et le parfum se rattache directement à la femme, à la femme exotique. Baudelaire a admiré les femmes -plusieurs de ses poèmes leurs sont dédiés - ces femmes mystérieuses qu'il a idéalisées.

Baudelaire a vu des ports bruyants et colorés; il a entendu de la musique; il a senti sur sa peau la chaleur intense du soleil; il a humé le parfum et la sueur des hommes laborieux: tout cela compose l'exotisme chez Baudelaire.

L'auteur a également connu la richesse de ces pays, le luxe et la paresse des grands riches. Il faut dire aussi que Baudelaire a dépassé ou s'est élevé au-dessus de la petite population autochtone pour choisir la grande vie. Pour Baudelaire, la richesse des pays exotiques veut dire: luxe, "féconde paresse", rubis, perle, saphir, ébène.

Photos : Pierre Rousseau - © 2018
Archives Pierre Rousseau
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