samedi 15 décembre 2018

Littérature française - Les rêveries du promeneur solitaire




Jean-Jacques Rousseau Les rêveries du promeneur solitaire,
Garnier-Flammarion 23, 1964
Photos: Pierre Rousseau - © 2018
Archives Pierre Rousseau

Voici quelques extraits que j'avais soulignés en lisant Les rêveries du promeneur solitaire, un cadeau de Noël (1968) de ma sœur Rolande :

Les particuliers meurent, mais les corps collectifs ne meurent point. 39

Qu’on épie ce que je fais, qu’on s’inquiète de ces feuilles, qu’on s’en empare, qu’on les supprime, qu’on les falsifie, tout cela m’est égal désormais. Je ne les cache ni ne les montre. Si on me les enlève de mon vivant, on ne m’enlèvera ni le plaisir de les avoir écrites, ni le souvenir de leur contenu, ni les méditations solitaires dont elles sont le fruit, et dont la source ne peut ne s’éteindre qu’avec mon âme. Si dès mes premières calamités j’avais su ne point regimber contre ma destinée, et prendre le parti que je prends aujourd’hui, tous les efforts des hommes, toutes leurs épouvantables machines eussent été sur moi sans effet, et ils n’auraient pas plus troubler mon repos par toutes leurs trames, qu’ils ne peuvent le troubler désormais par tous leurs succès ; qu’ils jouissent à leur gré de mon opprobre, ils ne m’empêcheront pas de jouir de mon innocence et d’achever mes jours en paix malgré eux. 42 - Note dans la marge: indifférence.

Ces heures de solitude et de méditation sont les seules de la journée, où je sois pleinement moi, et à moi sans diversion, sans obstacle, et où je puisse véritablement dire être ce que la nature a voulu. 45

Mon âme ne s’élance plus qu’avec peine hors de sa caduque enveloppe(...) 45

 J’appris ainsi par ma propre expérience que la source du vrai bonheur est en nous (...) 46

Qu’ai-je fait ici-bas ? J’étais fait pour vivre, et je meurs sans avoir vécu. 47

La jeunesse est le temps d’étudier la sagesse ; la vieillesse est le temps de la pratiquer. 57

Ils travaillaient pour instruire les autres, mais non pas pour s’éclairer en dedans. 59

Je ne doute point, il est vrai, que les préjugés de l’enfance et les vœux secrets de mon cœur n’aient fait pencher la balance du côté le plus consolant pour moi. 65

Suis-je donc seul sage, seul éclairé parmi les mortels ? Pour croire que les choses sont ainsi suffit-il qu’elles me conviennent ? Puis-je prendre une confiance éclairée en des apparences qui n’ont rien de solide aux yeux du reste des hommes (...) 67

Je me crois sage, et je ne suis que dupe, victime et martyr d’une vaine erreur. 67

Ma seule innocence me soutient dans les malheurs (...) 69

Je perdrais ma propre estime, et je ne gagnerais rien à la place. 69

Note à la fin de la page: Paranoïaque 71

La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens. Sans elle l’homme est aveugle ; elle est l’œil de la raison. C’est par elle que l’homme apprend à se conduire, à être ce qu’il doit être, à faire ce qu’il doit faire, à tendre à sa véritable fin. La vérité particulière et individuelle n’est pas toujours un bien, elle est quelquefois un mal, très souvent une chose indifférente. Les choses qu’il importe à un homme de savoir et dont la connaissance est nécessaire à son bonheur, ne sont peut-être pas en grand nombre, mais en quelque nombre qu’elles soient elles sont un bien qui lui appartient qu’il a droit de réclamer partout où il le trouve, et dont on ne peut le frustrer sans commettre le plus inique de tous les vols, puisqu'elle est de ces biens communs à tous, dont la communication n’en prive point celui qui le donne. 77 - Note dans la marge: «La vérité» 
(...) d’un homme qui s’est dévoué à l’oisiveté. 97

(...) et j’allai me jeter seul dans un bateau 99

Né sensible et bon, portant la pitié jusqu'à la faiblesse. 112

Je suis né le plus confiant des hommes et durant quarante ans entiers jamais cette confiance ne fut trompée une seule fois. 115

Si je suis malheureux ils le sont eux-mêmes, et chaque fois que je rentre en moi je les trouve toujours à plaindre. 116

(...) enfin je m’aime trop moi-même pour pouvoir haïr qui que soit. 116

C’est la force et la liberté qui font les excellents hommes. La faiblesse et l’esclavage n’ont jamais fait que des méchants. 117

(...) ils ne verront jamais à ma place que le Jean Jacques qu’ils se sont fait et qu’ils ont fait selon leur cœur, pour le haïr à leur aise. 118

Tant que j’agis librement je suis bon et je ne fais que du bien (...) 118

Je n’ai jamais cru que la liberté de l’homme consistât à faire ce qu’il veut, mais bien à ne jamais faire ce qu’il ne veut pas (...) 119

Les arbres, les arbrisseaux, les plantes sont la parure et le vêtement de la terre. Rien n’est si triste que l’aspect d’une campagne nue et pelée qui n’étale aux yeux que des pierres, du limon et des sables. Mais vivifiée par la nature et revêtue de sa robe de noces au milieu du cours des eaux et du chant des oiseaux, la terre offre à l’homme dans l’harmonie des trois règnes un spectacle plein de vie, d’intérêt et de charmes, le seul spectacle au monde dont ses yeux et son cœur ne se lassent jamais. 125

Je ne médite, je ne rêve jamais plus délicieusement que quand je m’oublie moi-même. 129

(...) ou comme ils disent, insociable et misanthrope, parce que la plus sauvage solitude me paraît préférable à la société des méchants, qui ne se nourrit que de trahisons et de haine. 129

Elle me fait oublier les persécutions des hommes, leur haine, leur mépris, leurs outrages, et tous les maux dont ils ont payé mon tendre et sincère attachement pour eux. 137

(...) moi, le plus sensible des êtres (...) 143

Je ne m’affecte point du mal que je prévois mais seulement de celui que je sens, et cela le réduit à très peu de choses. 148

(...) moi je ne m’inquiète de rien, quoi qu’il puisse arriver tout m’est indifférent (...) 148

Ce n’est qu’après m’être détaché des passions sociales et de leur triste cortège que je l’ai retrouvée avec tous ses charmes. 151

J’avais mis mes enfants aux Enfants-Trouvés, c’en était assez pour m’avoir travesti en père dénaturé (...) 156

Je ne suis à moi que quand je suis seul, hors de là je suis le jouet de tous ceux qui m’entourent. 165

Je ne vois qu’animosité sur les visages des hommes, et la nature me rit toujours. 165

J’ai remarqué qu’il n’y a que l’Europe seule où l’on vende l’hospitalité. Dans toute l’Asie, on vous loge gratuitement. Je comprends qu’on n’y trouve pas si bien toutes ses aises. Mais n’est-ce rien que de se dire, je suis homme et reçu chez des humains ? C’est l’humanité pure qui me donne le couvert. Les petites privations s’endurent sans peine, quand le cœur est mieux traité que le corps. 168
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vendredi 14 décembre 2018

Philosophie - L'opium des intellectuels

L'opium des intellectuels, Raymond Aron,

Gallimard, Idées 175, 1968.

Quatrième de couverture:

Ce livre traite à la fois de l'état actuel des idéologies dites de gauche et de la situation de l’Intelligentsia, en France et dans le monde. Il essaye de donner réponse à quelques questions que d'autres que moi-même ont dû se poser : pourquoi le marxisme revient-il à la mode en une France dont l'évolution économique a démenti les prédictions marxistes?Pourquoi les idéologies du prolétariat et du partiront-elles d'autant plus de succès que la classe ouvrière est moins nombreuse? Quelles circonstances commandent, dans les différents pays, les manières de parler, de penser et d'agir des intellectuels ? R. A.


Voici les nombreux soulignements et les annotations lors de ma lecture de ce livre:

Les thèmes idéologiques sur lesquels la parole estudiantine multiplie les variations me paraissent au nombre de trois: société de consommation, démocratisation, refus de la hiérarchie dans le rapport pédagogique, celui-ci symbolisant les relations interpersonnelles dans l'entreprise et dans la société toute entière. 9

Que la production vise à la puissance militaire, à la conquête de l'espace ou au bien-être matériel, elle ne donne pas un sens à la vie et elle se paie: l'individu éprouve le sentiment, parfois jusqu'à l'angoisse, qu'en devenant maître et possesseur de la nature, l'homme s'est asservi lui-même à un projet inhumain. 10

Chaque génération part de l'acquis en vue de nouvelles aventures. Elle a raison, mais court un péril: répéter l'histoire à force de l'ignorer. 13

Les partis alternent au pouvoir: le parti de gauche reste de gauche, même s'il forme le gouvernement. 25

Grandiose et horrible, la catastrophe ou l'épopée révolutionnaire coupe en deux l'histoire de France. Elle semble dresser l'une contre l'autre deux France, dont l'une ne se résigne pas à disparaître et dont l'une ne se lasse pas de prolonger une croisade contre le passé. 27

D'un côté, on invoque la famille, l'autorité, la religion, de l'autre l'égalité, la raison, la liberté. Ici, on respecte l'ordre, lentement élaboré par les siècles, là on fait profession de croire à la capacité de l°homme de reconstruire la société selon les données de la science. 28

Soulignés dans la page 30: révolution constructive et révolution destructive.

La Grande Révolution (et probablement en va-t-il ainsi de toutes les révolutions) a renouvelé l'État en idée, mais elle l'a aussi rajeuni en fait. 44

(...) la nationalisation ne supprima pas, souvent elle accentue les inconvénients économiques du gigantisme. 45

La gauche s'efforce de libérer l'individu des servitudes proches; elle pourrait finir par le plier à la servitude, lointaine en droit, omniprésente en fait, de l'administration publique. 47

Les allocations familiales financées par une taxe sur les salaires, comme en France, favorisent les pères de famille ou les vieux aux dépens des jeunes et des célibataires, autrement dit aux dépens des plus productifs. 50

La gauche doit-elle être plus soucieuse d'éviter les souffrances que d'accélérer le progrès économique? 51

Quel que soit le régime, traditionnel, bourgeois ou socialiste, ni la liberté de l'esprit ni la solidarité humaine ne sont jamais assurées. La seule gauche, toujours fidèle à elle-même, invoque non la liberté ou l'égalité, mais la fraternité. Existe-t-elle? 52

Les Nouveaux Essais fabiens révèlent le désir de lutter désormais plus contre la richesse en tant que telle que contre la pauvreté. On veut éliminer les concentrations de fortune, qui  permettent à un individu de vivre sans travailler. 55

En bref, comment une société libre réussit-elle à assimiler une certaine dose de socialisme, à garantir la sécurité de tous, sans prévenir l'ascension des mieux doués ni ralentir l'expansion de la collectivité tout entière? 56

La gauche est animée par trois idées, non pas nécessairement contradictoires, mais le plus souvent divergentes : liberté contre l'arbitraire des pouvoirs et pour la sécurité des personnes, organisation afin de substituer, à l'ordre spontané de la tradition ou à l'anarchie des initiatives individuelles, un ordre rationnel, égalité contre les privilèges de la naissance et de la richesse. 62

Mais ceux qui ne veulent plus connaître ni droite ni gauche, parfois se transportent par l'imagination en une société rationalisée, d'où les planificateurs auraient éliminé la misère, mais aussi la fantaisie, la liberté. 61 Dans la marge: ?

En important telles quelles des machines, des usines, on risque de confondre l'optimum technique, calculé par les ingénieurs, avec l'optimum économique, variable selon les milieux. 61

La prise et l'exercice du pouvoir par la violence supposent des conflits que la négociation et le compromis ne réussissent pas à résoudre, autrement dit, l'échec des procédures démocratiques. Révolution et démocratie sont des notions contradictoires. 72

(...) le Français reste par excellence le révolutionnaire en mots et le conservateur en actes. 77

La critique de la religion conduit à la critique de la société. 81

Le vrai communiste accepte toute la réalité soviétique dans le langage qui lui est dicté. 96

Rêver la révolution, est-ce une manière de changer la France ou de la fuir? 96

Les révolutions naissent du désespoir ou de l'espérance plus que de l'insatisfaction. 100

Tous les prolétaires n'ont pas le sentiment d'être exploités ou opprimés. 113

Aussi la révolte prolétarienne tend-elle à s'organiser, à devenir révolutionnaire sous la direction d'un parti. 114

En quoi les travailleurs, victorieux de l'aliénation d'hier, différeraient-ils des travailleurs d'aujourd'hui? 115

Énumérons les griefs fondamentaux: 1° insuffisance de la rémunération; 2° durée excessive du travail; 3° menace du chômage total ou partiel; 4° malaises liés à la technique ou à l'organisation administrative de l'usine ; 5° sentiment d'être enfermés dans la condition ouvrière sans perspective de progression ; 6° conscience d'être victime d'une injustice fondamentale, soit que le régime refuse au travailleur une juste part du produit national, soit qu'il (?) 116

(...) de l'autre côté du rideau de fer. L'expansion économique y a servi à l'accroissement de la puissance plus qu'à l'été-(?) 117

Là où existaient des syndicats libres, n'existent plus que des organismes soumis à l'État, dont la fonction est d'inciter à  l'effort, non de revendiquer. Le risque de chômage a disparu, mais ont disparus aussi le libre choix du métier ou du lieu de travail, l'élection des dirigeants syndicaux, des gouvernants. 120

Le progrès de la technique élargit le rôle des bureaux d'études et de l'administration, il exige des ingénieurs une compétence supérieure, il diminue le nombre des purs et simples manœuvres, mais aussi celui des professionnels, accroît celui des ouvriers spécialisés auxquels quelques semaines d'apprentissage suffisent. 133

La planification, la propriété collective suppriment certaines formes de profit, mais non l'avidité des biens de ce monde, bref le désir d'argent. Socialiste ou capitaliste, l'économie moderne demeure inévitablement monétaire. 137

Le XXe siècle est celui des guerres de races ou de nations plus de la lutte des classes, au sens classique du terme. 140

En apparence, Révolution et Raison s'opposent exactement: celle-ci évoque le dialogue et celle-là la violence. (...) 143

Il est des êtres d'exception, mais non pas des collectivités d'exceptions. 147

L'homme est aussi un être moral et la collectivité n'est humaine qu'à la condition d'offrir une participation à tous. 149

Il ne s'agit plus, aujourd'hui, d'avancer toujours dans le même sens, mais d'équilibrer planification et initiative, rétributions équitables pour tous et incitation à l'effort, puissance de la bureaucratie et droits des individus, centralisation économique et sauvegarde des libertés intellectuelles. 150

168 Dans la marge: MARX

L'oeuvre du grand homme résiste au jugement de l'avenir qu'il ne connaissait pas. 189

Les combattants ont toujours eu tendance à interpréter la conduite des autres dans leur propre système de perception. 191

Orthodoxes et idéalistes commencent par détacher l'acte de l'acteur, de ses intentions et des circonstances; ils le mettent en place dans leur lecture des événements. 191

Les hommes sont ce qu'ils font. 193 Dans la marge: *

Les erreurs jointes de l'absolutisme et du relativisme sont également réfutées par une logique de la connaissance rétrospective des faits humains. L'historien, le sociologue, le juriste dégagent les sens des actes, des institutions, des lois. Ils ne découvrent pas le sens du tout. L'histoire n'est pas absurde, mais nul vivant n'en saisit le sens dernier. 195

D'une certaine manière, chaque fragment d'histoire est inépuisable. 198 Dans la marge: *

Pas davantage on ne saisit, à travers les documents ou par expérience directe, un atome historique. Une bataille a été livrée par des milliers ou des millions de combattants dont chacun l'a vécue d'une certaine façon. Le texte d'un traité est, physiquement, une chose. 199

Une philosophie de l'histoire (...) L'histoire n'est certainement pas une «simple somme de faits juxtaposés»; est-elle «totalité dans l'instant»? Les éléments d'une société sont solidaires les uns des autres, ils s'influencent réciproquement, ils ne constituent pas une totalité. 204

La psychanalyse existentielle postule une unité analogue dans le choix que fait d'elle-même chaque conscience :  l'unité n'est pas celle d'un acte -- la conscience reste toujours libre de se reprendre --, mais celle de la signification que revêt l'existence entière, repensée par l'observateur en se référant à un problème unique, équivalent, dans une philosophie athée, du problème du salut. L'aventure des hommes à travers le temps a un sens dans la mesure où tous ensemble cherchent collectivement à faire leur salut. 212

(...) la richesse collective permettra de donner à l'un sans prendre à l'autre. 215

(...) obtenir de l'inférieur qu'il reconnaisse le supérieur sans subir de contrainte, ni aliéner sa dignité. 218

Les haines de races survivront aux distinctions de classes. 218

On conçoit la « solution radicale ›› du problème politique comme la solution radicale du problème économique. On peut même retrouver l'équivalent de la distinction entre « l'état stationnaire» et « l'abondance absolue ››. Dans l'état stationnaire politique, à l'intérieur des collectivités, tous participeraient à la cité, les gouvernants commanderaient sans recourir à la force et les gouvernés obéiraient sans éprouver d'humiliation. Entre les collectivités, la paix dévaloriserait les frontières et garantirait les droits des individus. À l'abondance absolue répondrait l'universalité de l'État et l'homogénéité des citoyens, concepts non proprement contradictoires, mais qui se situent au-delà de l'horizon historique. Ils supposent un changement fondamental des données de la vie en commun.219

En fait, rien n'est réglé et les mêmes nécessités d'accumulation, de rémunérations inégales, d'incitation à l'effort, de discipline de travail subsistent après la révolution. 221 Note dans la marge: Parti communiste au pouvoir

Les idolâtres de l'histoire multiplient les dévastations, non parce qu'ils sont animés de bons ou de mauvais sentiments, mais parce qu'ils ont des idées fausses. 225

(...) qu'on y découvre un mode commun de penser et de réagir. 226

Un État universel (...) 226

Si d'autres hommes (par ex. Hitler)avaient agi autrement (...) «tout serait revenu au même» ? 230 Dans la marge: NON

Le fait dépendait de causes innombrables, positives ou permissives, comparable aux causes innombrables qui amènent l'arrêt de la boule sur un numéro plutôt que sur un autre. 232

(...) l'oeuvre du héros avait été préparée par l'histoire, même si un autre lui eût donné des caractères différents. 234 Dans la marge: *

(...) nous affirmons seulement que ce devenir n'est pas soumis à un déterminisme inflexible. 248

(...) aucun siècle n'a évité le fléau des guerres. 249

Que le monde soit capitalisme ou socialiste, le plus fort gardera de multiples moyens d'influencer les prix à son bénéfice ou de se réserver des chasses gardées. Aucun régime économique ne garantit la paix, aucun, à lui seul, ne rend les guerres inévitables. 250

Pour qu'on pût annoncer avec certitude la destruction des sociétés capitalistes, ou leur conversion au socialisme, on devrait démontrer que la conjoncture présente n'offre que deux issues : la victoire du camp socialiste ou la conversion au socialisme du camp capitaliste. 252 

254 Dans la marge: 3e guerre mondiale

Une des faiblesses de l'Occident est d'accorder quelque crédit à la prédiction de l'avènement inévitable du socialisme et de laisser à l'ennemi la conviction d'une complicité avec le destin.  255

Le capitalisme se modifie en durant, il ne se détruit pas lui-même. 256

(...) qu'elle et la nature du lien entre deux moments de l'histoire? 257 Dans la marge: *

Dans chaque univers spécifique, la distinction entre actes et œuvres prend une autre portée. 259 

La prévision de l'avenir peut-elle invoquer la rationalité des univers intelligibles? De quel univers intelligible? 262

Les régimes sont différents et non contradictoires et les formes dites intermédiaires plus fréquentes et plus durables que les formes pures. 264

Les révolutions inclinent à exagérer et la marge de leur liberté et la puissance du destin. 265 Dans la marge: *

(...) cet avenir qu'ils sont incapables de décrire et qu'ils prétendent annoncer. 265 Dans la marge: *

La conscience historique fait paraître les limites de notre savoir. 269

La conscience historique enseigne le respect de l'autre, même quand nous les combattons. 269

Par l'action, l'homme s'est créé lui-même en transformant la nature. 272

Puisque la civilisation bourgeoise corrompt l'art, le réalisme socialiste le sauvera.
On ne s'en tient pas là. L'homme lui-même, nous dit-on, sera régénéré par le changement de ses conditions d'existence. L'emploi de procédés typiquement capitalistes, adaptés à l'égoïsme éternel, salaires  aux pièces et fonds de profit pour les managers, ne suggère pas que l'homme nouveau naisse de lui-même. Encore une fois, les gouvernants vont aider la nature historique, les ingénieurs des âmes accélérer. 274

(...) d'une manipulation de l'histoire (...). Les révolutionnaires s'imaginaient qu'ils allaient commander, non à quelques éléments, mais au tout. 277

(...) la catégorie aurait pour centre les créateurs et, pour frontières, la zone mal définie où les vulgarisateurs cessent de traduire et commencent de trahir: soucieux de succès ou d'argent, esclaves du goût supposé du public, ils deviennent indifférents aux valeurs qu'ils font profession de servir. 284

(...) et l'on baptise intelligentsia la catégorie des individus qui ont reçu, dans les universités, les écoles techniques, la qualification nécessaire à l'exercice de ces métiers d'encadrement. 287

(les intellectuels) ne se contentent pas de vivre, ils veulent penser leur existence. 289

 (...) toujours l'intelligentsia s'étend plus loin et s'ouvre davantage que la classe dirigeante et cette démocratisation tend à s'accentuer parce que les sociétés industrielles ont un besoin croissant de cadres et de techniciens.  290

Écrivain ou artiste, l'intellectuel est l'homme des idées ; savant ou ingénieur, l'homme de science. Il participe de la foi en l'homme et en la raison. 290

(...) dire non à tout, c'est finalement tout accepter. 292

Combien d'intellectuels ont été vers le parti révolutionnaire par indignation morale, pour souscrire finalement au terrorisme et à la raison d'État! 292

295 souligné dans la page: le professionnel de l'intelligence.

(...) on oublia le pays et ses humbles problèmes pour s'abandonner au délire idéologique. 298

Les intellectuels souffrent plus de l'hégémonie des États-Unis que les simples mortels. 300

Les États-Unis restent optimiste la manière du XVe siècle européen : ils croient la possibilité d'améliorer le sort des hommes, ils se méfient du pouvoir qui corrompt, ils demeurent sourdement hostiles à l'autorité, aux prétentions de quelques-uns à connaître mieux que le common man la recette du salut. On n'a de place ni pour la Révolution ni pour le prolétariat, on ne connaît que l'expansion économique, les syndicats et la Constitution. 313

L'intelligentsia supporte mieux la persécution que l'indifférence. 313

La France exalte ses intellectuels qui la vomissent, les États-Unis manquent d'indulgence à l'égard des leurs qui pourtant les exaltent. 315

Les intellectuels américains sont, à l'heure présente, en quête d'ennemis. 321

(...) «l'occidentalisation sans la liberté» ou encore de «l'occidentalisation contre l'Occident». 327

Les Américains aiment à imaginer que la Russie menace les peuples libres et qu'eux-mêmes les protègent. 328

Les débats idéologiques diffèrent de pays à pays (...). 329

(...) le communisme pose à la France un problème politique, non spirituel. 336

(...) l'art des intellectuels américains de transfigurer en querelles morales des controverses qui concernent bien plutôt les moyens que les fins, l'art des intellectuels français d'ignorer et, bien souvent, d'aggraver les problèmes propres à la nation, par volonté orgueilleuse de penser pour l'humanité entière. 340

Au Japon aussi, les intellectuels se sentent humiliés que leur pays soit entretenu et protégé par les États-Unis. 341

Les idées progressistes, qui imprègnent maîtres et étudiant dans les universités d'Occident, tendent à «aliéner» le jeune intellectuel des sociétés traditionnelles et à le dresser contre la domination européenne. 341

Les élèves des Britanniques prennent modèle sur la réalité, les élèves des Français sur l'idéologie de l'Occident.  La réalité est toujours plus conservatrice que l'idéologie. 351

L'intellectuel qui ne sent plus lié à rien, ne se satisfait pas d'opinions, il veut une certitude, un système. La Révolution lui apporte son opium.  352

(...) une religion de l'Histoire comme le communisme (...) 352 Dans la marge: le communisme: une religion de l'Histoire.

Il n'y a pas de gouvernement du peuple par le peuple (...) 353

Quels que soient leurs emprunts au-dehors, les peuples ont à forger eux-mêmes leur avenir. 356

(...) penser le monde avant de prétendre à le changer. 357

Le communisme s'est développé à partir d'une doctrine économique et politique, à une époque où déclinaient la vitalité spirituelle et l'autorité des Églises. 361

 En ce sens vague, tous les mouvements politiques qui ont agité l'Europe moderne ont eu un caractère religieux. On n'y retrouve pourtant pas les cadres ou l'essence d'une pensée religieuse. À cet égard, le communisme est unique. 362

Prophétisme et scolastique joints suscitent des sentiments analogues aux sentiments religieux: foi dans le prolétariat et dans l'Histoire, charité pour ceux qui aujourd'hui souffrent et demain seront triomphants (...). 365

On dira que la foi communiste ne se distingue d'une opinion politico-économique que par l'intransigeance. 366

(...) de la rivalité entre socialistes et communistes. 367

(...) Marx a prophétisé la fin de la préhistoire, grâce à la puissance des machines et la révolte des prolétaires. 372

Le chrétien ne peut jamais être un authentique communiste (...). 372

Le communisme me semble être la première religion d'intellectuels qui ait réussi. 377

Théologie et métaphysique d'une part, savoir positif de l'autre: termes incompatibles. 377

(...) la science ne permet plus de croire ce qu'enseigne l'Église. La foi disparaîtra peu à peu ou se dégradera en superstition à l'usage du vulgaire. 378 Dans la marge: *

Seuls les intellectuels sont capables d'inventer, peut-être même de prêcher, un substitut des dogmes anciens malgré tout acceptables aux savants. 378

On n'a jamais oublié la phrase fameuse «une société de vrais chrétiens ne serait plus une société d'hommes», que Hitler aurait approuvée. 379

Être suprême, Raison seraient l'objet d'une croyance qui, épurée de toute superstition, servirait de fondement à une patrie, promise par sa vertu à un destin sans frontière. 380

Au communisme s'applique la formule de Michelet: «La Révolution n'adopta aucune Église. Pourquoi? C'et qu'elle était une Église elle-même.» 382

L'astrologie n'a pas été, d'un coup, éliminée par l'astrologie scientifique,  l'histoire positive ne chasse pas les mythologies historiques. 383

(L'idéologie) une juste rétribution dans l'au-delà historique, c'est-à-dire dans l'avenir. 385

Le communisme est donc moins une religion, dont le christianisme continue d'offrir le modèle aux Occidentaux, qu'une tentative politique pour en trouver un substitut dans une idéologie érigée en orthodoxie d'État. 386

L'idéologie devient dogme en consentant à l'absurdité. 388

(...) la réalité soviétique ne serait plus ce qu'elle est, une méthode brutale de modernisation, sous le commandement d'un parti unique, désigné non par le Destin, mais par les péripéties imprévisibles des luttes entre les hommes. 389

La Révolution peut être permanente, l'esprit révolutionnaire se perd. 390

Marx appelait la religion l'opium du peuple. Qu'elle le veuille ou non, l'Église consolide l'injustice établie. Elle aide les hommes à supporter et à oublier leurs maux, au lieu de les guérir. 393

L'opium chrétien rend le peuple passif, l'opium communiste l'incite à la révolte. 394

Qui ne croit pas en Dieu ne se sent pas hostile aux religions de salut qui proclament des vérités éternelles : l'homme n'épuise pas sa destination dans sa destinée sociale; la hiérarchie du commandement et de la richesse ne reflète pas celle des valeurs ; l'échec, dans la Cité, ouvre parfois le chemin des plus hautes réussites, une mystérieuse fraternité unit les hommes, en dépit de la lutte de tous contre tous. 396 Dans la marge: 2 lignes verticales

La subordination des experts aux entreprises qui les emploient caractérisera demain tous les pays de civilisations industrielles. 402

Il ne se sent pas esclave puisqu'il adhère à l'idéologie qui unit le peuple, le parti et les pouvoirs publics. Il échappe à l'isolement, aux difficultés de gagner sa vie par la plume, aux rigueurs du deuxième métier, à l'ennui du rewriting. On ne lui demande, en contrepartie, qu'un seul  sacrifice : dire oui au régime, dire oui au dogme et à ses interprétations quotidiennes, concession inévitable, qui pourtant porte le germe d'une corruption totale. 404 

Page 405:


Si la trahison consiste à valoriser le temporel et à dévaloriser l'éternel, les intellectuels de notre temps trahissent tous. 405

L'avenir appartiendrait à des citoyens, libres et égaux. 411

L'intellectuel qui se veut essentiellement nationaliste doit interpréter l'histoire comme la lutte permanente des État-fauves (...). 412

Les sociétés mécaniciennes ne se convertissent pas à la paix: elles délivrent l'homme des servitudes de la pauvreté et de la faiblesse, elles plient des millions de travailleurs à la logique de la production en grande série, elles risquent de traiter les personnes en matériau. 415

Les idéologues du prolétariat viennent de la bourgeoisie. 416

Le prolétariat n'a jamais eu de conception du monde opposée à celle de la bourgeoisie; il y a eu une idéologie de ce que devrait être ou faire le prolétariat, idéologie dont l'emprise historique semble d'autant plus grande que le nombre des ouvriers d'industrie est plus petit. 417 Dans la marge: 2 traits verticaux

Les régimes dits prolétariens, c'est-à-dire gouvernés par les partis communistes, ne doivent presque rien à la culture proprement ouvrière, aux partis ou aux syndicats dont les dirigeants appartenaient eux-mêmes à la classe ouvrière. 417

Dans l'espoir d'accomplir pleinement les ambitions de la bourgeoisie - conquête de la nature, égalité des hommes ou des chances - les idéologues avaient transmis le flambeau au prolétariat. 417

Les révolutions du XXe siècle que l'on baptise prolétariennes, sont pensées et conduites par des intellectuels. 419

(...) le monde ne peut vivre mi-esclave, mi-libre. 420

Le contraste entre l'accroissement des moyens de production et l'aggravation, apparente ou réelle, des souffrances populaires aurait suscité des utopies, prophétisant le progrès sans larmes ou des catastrophes fécondes. 420

La conscience politique de notre temps est faussée par la méconnaissance de ces particularités. 422

Le monde libre commettrait une erreur fatale s'il croyait posséder une idéologie unique, comparable au marxisme-léninisme. 424

La nostalgie d'une idée universelle et l'orgueil national déterminent l'attitude des intellectuels français. 427

Religion d'intellectuels, le communisme (...). 427

Le communisme répand une version dégradée du message occidental. Il en retient l'ambition de conquérir la nature, d'améliorer le sort des humbles, il sacrifie ce qui demeure l'âme de l'aventure indéfinie : la liberté de recherche, la liberté de controverse, la liberté de critique et de vote du citoyen. Il soumet le développement de l'économie à une planification rigoureuse, l'édification socialiste à une orthodoxie d'État. 428 Dans la marge: 3 traits verticaux

C'est le prophétisme qui confère au communisme une sorte de substance spirituelle. 429

Peut-être les hommes peuvent-ils vivre sans adorer un dieu en esprit et en vérité. Ils ne vivront pas longtemps, après la victoire, dans l'attente du paradis sur terre. 430 Dans la marge: 2 traits verticaux et une *

L'État qui impose une interprétation orthodoxe des événements quotidiens, nous impose aussi une interprétation du devenir global et finalement du sens de l'aventure humaine. 431

Maîtres des particules nucléaires et esclaves de l'obsession d'espionnage, les savants ont le sentiment de perdre tout contrôle sur leurs découvertes dès qu'ils en transmettre le secret aux généraux et aux ministres. 432 Dans la marge: savants et *
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L'Opium des intellectuels est un livre écrit par le philosophe français Raymond Aron et paru en 1955. Le livre dans un premier temps raconte les mythes sur lesquels reposent l'idéologie de la gauche, puis sur la vision de l'histoire du marxisme, pour enfin étudier les raisons qui expliquent la fascination de cette idéologie sur les intellectuels. Ce livre a pour objectif de répondre à la question de savoir pourquoi ce courant revient à la mode en France. [1968](Source: Wiki)

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jeudi 13 décembre 2018

Petits textes à revoir - Margoton

Dans Petits textes à revoir (Pierre Rousseau, 2000), une chansonnette composée à la volée et présentée ici telle quelle, toute en rimette:

Nous lui avions même composé une comptine :

Près du lavoir à bouteilles
Sous le pommier aux pommes rainettes (sic)
Derrière le hangar des Germinette
Une fille aime les garçons à la sauvette.

C’est Margoton, dit l’amourette.
Une fille rondelette
En quête de touchettes
Sous sa longue jupette.

Voilà une fille tendrette
Pas très jolette
Mais bien coquette
Sur la rue Marquette.

Elle prend timides et femmelettes,
Pour gaillarde téter leur pistillette
Et leur fleurir là ben drette
Une maudite belle rizette.

À huit ans, nous sommes bien lestes
Faut le dire, de la pissette
Pour aller dans les cachettes
De la rue Marquette.
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mercredi 12 décembre 2018

Études - Collège Roussin



Voici quelques entrées dans mon journal personnel pour la neuvième année scientifique (septembre 1963 à juin 1964), au Collège Roussin (Pointe-aux-Trembles):

26 septembre 63 - Écœuré de l'école.
18 novembre 63 - Écrit au dactylo pour le professeur. 
13 janvier 64 - Apporter les mot croisés pour le journal de classe.
14 janvier 1964 - « Travaille pour le journal de la classe. » Colère d’un camarade dont j’avais modifié son texte, en fait un ajout (Cérès)
22 janvier 64 - Acheté le journal de classe 10¢ 
4 mars 64 - Fait un rapport sur les soucoupes-volantes. Paradis ne l'a pas accepté: il est idiot, incrédule. 
13 mars 1964 - « Lit de discours (sic) devant la classe. »  4/5 
9 juin 64 - Rencontré deux jeunes filles au bord du fleuve. 
10 juin 64 - Les deux jeunes filles s'appellent Mireille et Louise.
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mardi 11 décembre 2018

Arts et lettres - Les chaises (Ionesco)

Eugène Ionesco, Théâtre 1, «Les chaises»
Gallimard, 1969.


Voici les extraits soulignés lors de la lecture de ce livre:

(...) tous ceux qui sont un peu savants, un peu propriétaires! 139 
J'avais souligné cette phrase, mais... pourquoi?

Il y a en vous un tel changement... Il y a en vous aucun changement... Je vous aimais, je vous aime... 150

LA VIEILLE, au Photograveur : Vous croyez vraiment, vraiment, que l'on peut avoir des enfants à tout âge? des enfants de tout âge? 152

LA VIEILLE, au Photograveur : Nous avons eu un fils... il vit bien sûr... il s'en est allé... c'est une histoire courante... plutôt bizarre... il a abandonné ses parents... il avait un cœur d'or... il y a bien longtemps... Nous qui l'aimions tant... il a claqué la porte... Mon mari et moi avons essayé de le tenir de force... il avait sept ans, l'âge de raison, on lui criait : Mon fils, mon enfant, mon fils, mon enfant... il n'a pas tourné la tête...
LE VIEUX : Hélas, non... non... nous n'avons pas eu d'enfant... J'aurais bien voulu avoir un fils... Sémiramis aussi... nous avons tout fait... ma pauvre Sémiramis, elle qui est si maternelle. Peut-être ne le fallait-il pas. Moi-même j'ai été un fils ingrat... Ah!... De la douleur, des regrets, des remords, il n'y a que ça... il ne nous reste que ça...
LA VIEILLE : Il disait : Vous tuez les oiseaux! pourquoi tuez-vous les oiseaux ?... Nous ne tuons pas les oiseaux... on n'a jamais fait de mal à une mouche... Il avait de grosses larmes dans les yeux. Il ne nous laissait pas les essuyer. On ne pouvait pas l'approcher. Il disait: si, vous tuez tous les oiseaux, tous les oiseaux... Il nous montrait ses petits poings... Vous montez, vous m'avez trompé! Les rues sont pleines d'oiseaux tués, de petits enfants qui agonisent. C'est le chant des oiseaux!... Non, ce sont des gémissements. Le ciel est rouge de sang... Non, mon enfant, il est bleu... Il criait encore : Vous m'avez trompé, je vous adorais, je vous croyais bons... les rues sont pleines d'oiseaux morts, vous leur avez crevé les yeux... Papa, maman, vous êtes méchants!... ]e ne veux plus rester chez vous... ]e me suis jetée à ses genoux... Son père pleurait. Nous n'avons pas pu l'arrêter... On l'entendit encore crier : C'est vous les responsables... Qu'est-ce que c'est responsable?
LE VIEUX : J'ai laissé ma mère mourir toute seule dans un fossé. Elle m'appelait, gémissait faiblement : Mon petit enfant, mon fils bien-aimé, ne me laisse par mourir toute seule... Reste avec moi. Je n'en ai pas pour bien longtemps. Ne t'en fais pas, maman, lui dis-je, je reviendrai dans un instant... j'étais pressé... j'allais au bal, danser. Je reviendrai dans un instant. 153

Page 153:


Quel mauvais temps! Comme il fait beau! 164

(...) l'individu et la personne, c'est une seule et même personne. 165

La vieille: Il a un air emprunté. Il nous doit beaucoup d'argent. 165

LA VIEILLE  (toujours faisant écho) : Votre plus fidèle serviteur, Majesté!
LE VIEUX : Votre serviteur, votre esclave, votre chien, haouh, haouh, votre chien, Majesté...
LA VIEILLE, pousse très fort des hurlements de chien : houh... houh... houh... 168

LA VIEILLE (écho) :  les os... les os... les os...
LE VIEUX : On prenait ma place, on me volait, on m'assassinait... J'étais le collectionneur de désastres, le paratonnerre des catastrophes...
LA VIEILLE (écho) : Paratonnerre... catastrophe... paratonnerre...
LE VIEUX : Pour oublier, Majesté, j'ai voulu faire du sport... de l'alpinisme... on m'a tiré par les pieds pour me faire glisser... j'ai voulu monter des escaliers, on m'a pourri les marches... Je me suis effondré... J'ai voulu voyager, on m'a refusé le passeport... J'ai voulu traverser la rivière, on m'a coupé les ponts... 171

(...) je n'ai pas de talent (...)172
Pourquoi ai-je souligné seulement ça? 

Pendant ce temps, sur l'estrade, l'Orateur est solennel, immobile, sauf la main qui, automatiquement, signe des autographes.
LE VIEUX : Aux propriétaires de cet immeuble, à l'architecte, aux maçons qui ont bien voulu élever ces murs!...
LA VIEILLE (écho) :  murs...
LE VIEUX : A tous ceux qui en ont creusé les fondations... Silence, Messieurs-dames...
LA VIEILLE (écho) : ...ssieurs-dames...
LE VIEUX : ]e n'oublie pas et j'adresse mes plus vifs remerciements aux ébénistes qui fabriquèrent les chaises sur lesquelles vous pouvez vous asseoir, à l'artisan adroit...
LA VIEILLE (écho) : ...droit...
LE VIEUX :  qui fit le fauteuil dans lequel s'enfonce mollement votre Majesté, ce qui ne l'empêche pas cependant de conserver un esprit dur et ferme... Merci encore à tous les techniciens, machinistes, électrocutiens...
La VIEILLE (écho) : ...cutiens, cutiens...
LE VIEUX :  aux fabricants de papier et aux imprimeurs, correcteurs, rédacteurs à qui nous devons les programmes, si joliment ornés, à la solidarité universelle de tous les hommes, merci, merci, à notre patrie, à l'État (il se tourne du côté où doit se trouver l'Empereur) dont votre Majesté dirige l'embarcation avec la science d'un vrai pilote... merci à l'ouvreuse... 175

LE VIEUX: Nous laisserons des traces, car nous sommes des personnes et non pas des villes. 178

Photo: Pierre Rousseau - © 2018
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dimanche 9 décembre 2018

Petits textes à revoir - Les ruelles

Dans Petits textes à revoir (Pierre Rousseau, 2000), quelques idées et pensées sur les ruelles:

À Louveciennes, j’ai vu un marié bougon manger le gâteau de noces dans la ruelle ;

Dans la ruelle Nuit et Jour, à Wavre, dans le Brabant wallon, on fait la collecte des immondices le mardi et le vendredi ;

Il y a la ruelle du Couchant, à Genève, où j’ai dormi seize heures d’affilée sans qu’on  me dérange ;

Pour le Plateau Mont-Royal, il est dit: «Les ruelles sont en fait, un réseau secondaire de petites rues qui donne accès aux arrière-cours des maisons en rangée. Lieu de jeu et de commérages, ces ruelles sont aussi des témoins de la vie de quartier. »;

Flaubert écrit dans Madame Bovary : « Il la vit seule, le soir, très tard, derrière le jardin, dans la ruelle; ­ dans la ruelle, comme avec l'autre ! Il faisait de l'orage, et ils causaient sous un parapluie à la lueur des éclairs. » ;

Le galant faiseur d’oreilles de Lafontaine se sauve dans la ruelle : « Où se sauver : nul endroit il ne vit,/Qu'une ruelle en laquelle il se mit » ;

Charles Baudelaire, dans Les Fleurs du mal : « Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle, Femme impure ! L'ennui rend ton âme cruelle… »

Puis j'avais ajouté: 

La ruelle, cet espace entre le lit et le mur où souvent je me couche pour me cacher de la pleine lune…
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vendredi 7 décembre 2018

Sciences - Einstein et l'univers

Le 29 janvier 1966, j'écrivais dans mon journal:


29-01 Été rue Sainte-Catherine. Acheté un livre 95¢: «Einstein et l'univers»


Einstein et l'univers, Barnett, Lincoln,
Gallimard, Idées 15, 1951 (1965)


Einstein et l'univers est un livre que j'ai adoré. 

Voici ce qu'en dit <Gallimard> sur son site WEB:
Ce livre est le résumé et un résumé remarquable de ce que les hommes qui sont à l'avant-garde de la science savent aujourd'hui de la nature de l'univers.
De l'infiniment petit à l'infiniment grand ; de l'électron à la galaxie, la recherche s'est poursuivie dans tous les domaines. Ses pionniers ont été aussi bien des philosophes que des savants; ses instruments vont de la simple équation au cyclotron et au télescope de 2 m. 50.
C'est l'histoire de cette recherche que Lincoln Barnett retrace dans le style le plus simple et le plus clair. N'importe quel écolier peut comprendre son livre, qu'Einstein lui-même a lu et admiré. Toutes les réponses que la science a été capable de donner au pourquoi et au comment de ce qui existe y sont consignées. L'auteur s'élève jusqu'aux concepts d'Homme et de Dieu, jusqu'au point extrême où la connaissance et la philosophie se rejoignent dans une commune impossibilité de passer outre.
Chaque ligne du livre a été examinée et approuvée par des experts ; une rigueur scientifique absolue y est observée du commencement à la fin ; et cependant les derniers chapitres sont si émouvants qu'on pourrait les comparer au dernier mouvement d'une symphonie.
Le Dr Einstein, dans sa préface à cet ouvrage, a écrit : «Restreindre la connaissance à une élite tue l'esprit philosophique d'un peuple et conduit à la pauvreté intellectuelle... Le livre de Lincoln Barnett représente un apport considérable à l'éducation scientifique populaire.»

La quatrième de couverture:

Les grandes idées de la théorie de la relativité sont extrêmement bien présentées dans ce livre. En outre, l'état présent de nos connaissances en physique y est défini avec précision. L'auteur montre comment le développement de notre connaissance des faits, en même temps que l'approche d'une conception théorique unifiée embrassant toutes les données empiriques ont conduit à la situation actuelle". Albert Einstein
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Voici un événement étrange (relativité de mouvement) relaté dans ce livre et que j'ai vécu à quelques reprises:

«Un autre aspect de cet effet peut être extrêmement troublant quand on se trouve dans un train en gare. De temps en temps, un train se met en marche si doucement que les voyageurs ne sentent aucun choc. Mais si, tout d'un coup, ils regardent par la fenêtre et voient à côté du leur un autre train glisser sur l'autre voie, ils n'ont aucun moyen de savoir quel est le train qui est en marche et quel est celui qui est à l'arrêt. De plus, ils n'ont aucun moyen de dire à quelle vitesse l'un des trains se déplace, ni dans quelle direction. Le seul moyen de porter un jugement exact sur la situation est de regarder par l'autre fenêtre et de prendre comme point de repère un point de la gare ou un signal lumineux.» Page 50

J'avais aussi souligné: 

Max Planck: théorie des quanta 27

(...) une étoile blanche naine, composée de matière d'une densité si fantastique qu'un cm3 de celle-ci pèserait une tonne sur la terre. 136

Photo: Pierre Rousseau - © 2018
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jeudi 6 décembre 2018

Personnellement - À cette époque - Juillet 1963

En juillet 1963, j'avais 14 ans. C'était l'époque des Jeunesses actives, des coups de soleil, des carabines à plomb, du bain Taillon, de la vente de bouteilles à 2¢, de la gêne devant la FQJ, du mal de dents, du bon Dieu en taxi, du parc Belmont, du marché Union, de « The Outer Limits », des Frères de l’instruction chrétienne (frère Albéric)... et de beaucoup de lecture et d'écriture.
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mercredi 5 décembre 2018

Écrire Montréal - Je veux que tu me regardes, étrangère !

Dans Écrire Montréal (Pierre Rousseau, 2002):

Je veux que tu me regardes, étrangère !
Je veux que tu me regardes, étrangère !
Je veux que tu me regardes, étrangère !
Je veux que tu me regardes, étrangère !
...
Et tu passes sans me regarder.
Comment peux-tu prétendre n’être visible pour personne ?
Peut-être préfères-tu regarder quelque chose qui ne se voit pas ?
Astrologie, tarot ou esprits frappeurs ?
Tu cherches des fantômes ? Des ondes ? Des signes cabalistiques ?
Tu veux tout prévoir, tout savoir, tout croire ?
N’hésite pas à me regarder.
Il y a des jours où je me sens moins que rien.
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mardi 4 décembre 2018

Bandes dessinées - Pirlouit

J'ai écrit ces quelques dates dans mon journal:
  • Vendredi 14 août 1981 - Appelons chat rayé Pirlouit.
  • Samedi 11 septembre 1982 - Pirlouit arrosé par une moufette. 
  • Mercredi 25 mai 1994 - Pirlouit - c'est fini.
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Source: WEB.

En effet, en 1981, nous avons donné le nom de Pirlouit à notre chaton rayé. Il n'avait pourtant rien du personnage de la bande dessinée: nain blond râleur et glouton, froussard, farceur, pénible, crédule, menteur et piètre musicien et chanteur, il vivait de rapines dans le Bois aux Roches avant que le Roi ne l'emploie comme bouffon. Quand il a réussi quelque chose, il crie « Piiirlouit ! ».

Nous prononcions le «t» à la fin: Pirlouittt. Un jour, des gens (des Français) nous avaient dit: «On prononce Pirloui.» Nous avons quand même gardé le «t».

Nous avons dû le faire euthanasier le 25 mai 1994.
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Johan et Pirlouit est une série de bandes dessinées belge créée par Peyo, publiée pour la première fois dans le journal Spirou le 11 septembre 1952, et éditée en albums à partir de janvier 1954 par les éditions Dupuis. Le 13e, Le Sortilège de Maltrochu, parut en  janvier 1970. Après la mort de l'auteur, elle est reprise en 1994 par Yvan Delporte et dessinée par Alain Maury (4 albums), chez Lombard.
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lundi 3 décembre 2018

Littérature québécoise - L'octobre des Indiens

En 1971, L'Octobre des Indiens, d'Yvon Paré, fut ma première lecture d'une oeuvre poétique, à part les classiques bien sûr (Verlaine, Baudelaire, Hugo, Lamartine, et plusieurs autres). Contemporaine... et québécoise. Je m'étonnais qu'on puisse écrire une telle poésie, si près d'une réalité qui me touchait.

Paré, Yvon L'octobre des Indiens, Éditions du Jour, 1971.

J'ai rencontré Yvon Paré bien des années plus tard, lors d'une remise de prix de la Plume saguenéenne, à Chicoutimi. Je lui avais fait part de mon émerveillement après la lecture de son recueil. Sa poésie m'avait ouvert les yeux et donné le goût d'écrire ce genre littéraire. Il m'avait alors regardé avec étonnement. C'était la première oeuvre de sa longue carrière, et sa seule et unique écriture poétique. En effet, il s'était confié en 1979:
«J'ai noirci des centaines et centaines de pages... J'écrivais. Je ne corrigeais rien. J'écrivais. Ce fut plus tard que j'ai commencé à travailler, à biffer, à raturer. Ce travail, cet arrêt sur les mots devait durer dix ans presque, me conduire à L'Octobre des Indiens. Une fois L'Octobre des Indiens paru, je fus guéri du poème. Le poème s'est comme détaché de moi. C'était terminé, fini. C'est arrivé comme ça, simplement. Je voulais écrire autre chose, (...)» (1979) Autoportrait : Yvon Paré. Québec français, (36), 56–57. 
Photo: Pierre Rousseau - © 2018
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dimanche 2 décembre 2018

Science-fiction/Anticipation - Les Amazones

Le 20 mars 1964, je notais dans mon journal:
Commencé à lire un livre «Les amazones» Anticipation

J'ai aimé l'histoire. Ce qui m'impressionnait surtout, c'était ce genre de moto «mono-roue» ... et les Amazones bien sûr. Le livre était déjà «usagé» lorsque je l'ai eu; je ne me souviens pas d'où il venait. 


Hire, Jean de la, Les amazones
Éditions d'Hauteville, (1955), 20
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Quatrième de couverture 

     L'étrange avion convertible amazonien survolait une région très accidentée du Pays Inconnu.
     Eldrine, la jeune Amazone, petite fille d'un Français, qui, révoltée contre l'impitoyable et aveugle dureté des lois de l'Amazonie, s'était jointe à Mordec, Matiffou, Kriegman, Perros et Loon, vit une file d'Amazones. Des policières, montées sur leurs extraordinaires monoroues, traquaient un homme. Au costume de celui-ci, elle comprit.
     L'un des compagnons de ceux qu'elle avait résolu d'aider et de sauver, avait été pris et condamné à la peine légendaire de la fuite pendant 24 heures, se terminant inévitablement par la mort.
     — C'est Palmilal ! s'exclama Matiffou qui l'aperçut au moment où le malheureux s'enfonçait parmi les rochers.
     Une Amazone avait mis pied à terre et le suivait...
     Les événements prenaient un sens tragique. La reine Thalestris se révélait implacable. La guerre violente, la guerre mortelle était ouverte entre les héros de la grande aventure vers le Pays Inconnu et LES AMAZONES.


Photo: Pierre Rousseau - © 2018
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