mercredi 23 janvier 2019

Bandes dessinées - Earl et Mooch

J'ai bien aimé la bande dessinée de Patrick McDonnell: Earl et Mooch. Mooch, le chat noir curieux, gourmand et paresseux reste mon préféré. Dans la version originale anglaise, il avait la particularité de dire "sh" dans certains mots (smoshie au lieu de smoothie par exemple); heureusement, cette particularité a été conservée dans la version française, disant «Ouiche» pour oui, ou «Merchi» pour merci, entre autres. J'ai adopté, bien malgré moi, son «ouiche», que j'utilise, parfois, aujoud'hui.

Détail 1

Quant au chien Earl, c'est un Jack Russell terrier fidèle et dévoué à son maître Ozzie, avec qui il passe le plus clair de son temps, le reste étant avec son ami Mooch.

Tome 1 - La nuit des chasseurs

Planche 1


Tome 2 - Mon maître, ce héros

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lundi 21 janvier 2019

Librairies - Le Palais du livre

En 1976, un nouveau propriétaire rénove un bâtiment du Vieux-Montréal et y installe le Palais du livre. Avec plus de quatre millions de livres neufs et usagés, répartis sur cinq étages, le commerce est considéré comme la plus grande librairie de détail au Canada. En 1983, un incendie majeur détruit tout l’immeuble, seule la façade est sauvegardée. (Source: WEB)

Annonce publicitaire
La Presse, Montréal, Samedi 28 juin 1980 Cahier C


Quatre (4) millions de livres répartis sur 6 étages... Tel était le Palais du livre, à Montréal. C'était ahurissant. J'ai visité à quelques reprises ce lieu, cet univers devrais-je dire, escaladant les escaliers tout en me faufilant entre les piles de livres et de revues encombrant chacune des marches. Le propriétaire achetait pratiquement tout. Je me souviens lui avoir vendu toute ma collection de magazines Pilote, entre autres le Pilote du 4 février 1968, avec la couverture de Greg représentant Achille Talon.


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jeudi 17 janvier 2019

Les mains ravisseuses - Sans titre 1

J’ai envoyé la main à un ami.
J’ai senti, sous ma main, la chaleur de la fièvre.
J’ai posé ma main sur ton épaule.
J’ai rincé mes mains à l’eau froide.
J’ai tenu à la main un petit livre ouvert.
J’ai mis mes mains dans mes poches.
J’ai, de mes mains, soulever tes seins.
J’arrête là.
Voilà une journée bien remplie.

Les mains ravisseuses (Pierre Rousseau, 2001)
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lundi 14 janvier 2019

Informatique - Ancienne flamme

Alors que j'étudiais en informatique au cégep de Maisonneuve (mars 1969), j'ai utilisé l'ordinateur du collège pour écrire en GRAND et par un agencement du prénom au complet, la première lettre de Francine, ma copine de l'époque (Voir documents 1 et 2).

Pour faire plus poétique, j'utilisais les termes suivants: <bleu> pour le nom de la procédure et <coeur> pour la variable (Voir document 3).

Document 1

Document 2

Document 3

Photos: Pierre Rousseau - © 2018
Archives Pierre Rousseau
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dimanche 13 janvier 2019

Lieux littéraires - Terrasses Saint-Sulpice

En l'an 2000, je notais dans mon journal: 

11 mai 2000 - Arcade au Saint-Sulpice 18 heures à 20 heures 
18 mai 2000 - Estuaire Saint-Sulpice 17 heures à 19 heures 
28 septembre 2000 - Estuaire Saint-Sulpice Steak Haché lancement


C'était un lieu de la rue Saint-Denis (Montréal) que je fréquentais surtout pour son côté "littérature". En effet, les Terrasses Saint-Sulpice commanditait plusieurs prix et bourses, entre autres le Prix de la poésie des Terrasses Saint-Sulpice (Revue L'Estuaire); aussi des lancements, de la Revue Arcade entre autres.

C'est d'ailleurs lors d'un lancement (11 mai 2000) que j'ai appris le décès, quelques heures auparavant, de Janou Saint-Denis, poète, essayiste, comédienne et metteuse en scène québécoise. 

Une heure plus tard, je rencontrais dans un autre café le groupe de la Compagnie à numéro, leur annonçant la nouvelle sans préambule. Je me souviens encore de leurs visages étonnés.
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samedi 12 janvier 2019

Précis de décomposition - Lettre à Elsa Marie

Extrait de Précis de décomposition, (Pierre Rousseau, 2000). «Lettre à Elsa-Marie»

«Rangez vos larmes, il n’y aura pas de pardon pour les faibles, dit le prêcheur. Dieu, qui est toute-puissance, méprise ceux qui se mettent à genoux et se rendent sans combattre. Comment alors pourrait-il prouver sa force ?» 

La mystification est l’enjeu de bien des charlatans. Mais ce qui me désole, c’est la foi que les pauvres y mettent. Sauvé quelqu'un, c’est le ramener à une autre vie : celle-là même du sauveteur. La prédestination est la trouvaille la plus absurde qu’il n’ait été donné à l’homme d’imaginer. Le destin arrive quoi qu’on y fasse, sinon il n’existerait pas. Seuls le temps présent et le passé existent pour l'humain, car espérer est une action statique et le désespoir, un recul dynamique. Le futur, c’est pour les morts seulement. Mme Jeanne-Marie Bouvier de La Motte souffrait d’un pur amour quelque peu inquiétant (1); Chaunu savait avec son futur sans avenir(2); tout comme Croce, l’antifasciste (3); Kant, à la vie parfaitement réglée, croyait à l’immortalité de l’âme(4) et Averroès à son éternité de la matière (5); Saint-Augustin, adepte des plaisirs charnels — avant la naissance de sa foi — écrit que le temps «n’est qu’une distension, probablement de l’âme elle-même»(6).

L’éternité seule appartient à Dieu : il a le monopole du temps, mais ne se préoccupe pas trop du passé, semble-t-il. L’immuable mérite-t-il plus le respect que le passager ? En ce cas, l’homme est vil quand il admire ce qui dure longtemps. En créant la vie, la Nature cherche à lutter contre les forces de destruction. Dans certains cas, l’humain devrait comprendre que ce n’est pas l’individu qui prime, mais la multitude, la lignée, le temps... Dieu a-t-il, à un certain moment, eu peur de mourir ? (Silence) Si en plus d’être, il faut que je fusse ! disais-je à mes détracteurs. Si je pouvais suspendre le temps, ce serait au bout d’une corde de pendu ; ou j’ouvrirais une boutique qui vend des temps morts et je la nommerais L’ombre. En fait, le principal n’était pas ce que je faisais, mais ce que je m’apprêtais à faire après quelques veillées d’armes, pour que les lendemains soient des épreuves à rebours, des regrets posthumes, des colères sans âges. (Silence) Dans la vie d’un humain, tous les dix ans marque une fin de décadence. Tout repart à zéro ou tout s’accumule sur les anciennes ruines.

Pour créer l’avenir, il faut trahir le passé. On ne fabrique pas une statue sans briser de pierre. Ainsi en est-il de toute vie sans histoire. Jamais de ma vie — et c’était peut-être ça le plus terrible — je ne pouvais dire comme Dick Powell : «C’est arrivé demain»(7). À l’inverse, plusieurs humains vivent de la procrastination. L’avenir est loin quand aucune action ne débute. Telle cette Mimi Pinson qui ponctue le temps, de jour en jour, de petits rires désuets(8). Denys le Petit — dont on ignore ironiquement  la date de naissance — commença à compter les années à partir de la naissance de Jésus-Christ(9). Idée discutable. Mais il se trompa de quatre ans, tu t'en rends compte. Et moi qui payais nos comptes avec quatre mois de retard, et tu m’appelais le brouillon... Quatre ans sur deux milles ans, là, tu vois. «Notre science vient de la mort (Égypte), J.C. noue tous les fils au temps zéro» m’a dit Serres(10). (Silence) Elsa-Marie, dis-moi que je suis toujours aussi beau. Je répondrai «Je sais !», moi qui sais ne rien savoir. Tout à l’opposé de la connaissance acquise par personne interposée, le savoir demeure une bonne cuvée pour celui qui se saoule de vanité. Seuls les sots et les faibles recherchent les éloges. La  personne ne se grandit que dans son oeuvre. « Celui qui aime la gloire met son propre bonheur dans les émotions des autres» m’a dit Marc‑Aurèle. Remarque que les événements passent plus vite que l’homme, de telle sorte que sa gloire devient facilement le bonheur des autres.
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Wikipédia, Larousse, etc. :

(1) Jeanne-Marie Bouvier de La Motte - appelée couramment Madame Guyon, — (Montargis, 1648 - Blois, 1717), mystique française. Elle professa le quiétisme, doctrine condamnée par Rome. Fénelon chercha à la défendre dans ses Maximes des saints (1697).

(2) Pierre Chaunu, né le 17 août 1923 à Belleville-sur-Meuse et mort à Caen le 22 octobre 20091, est un historien français. Spécialiste de l'Amérique espagnole et de l’histoire sociale et religieuse de la France de l'Ancien Régime (XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles), grande figure française de l'histoire quantitative et sérielle, cet agrégé d'histoire et docteur ès lettres a été professeur émérite à Paris IV-Sorbonne, membre de l'Institut et commandeur de la Légion d'honneur. Écrivit Un futur sans avenir (1979)

(3) Croce (Benedetto) (Pescasseroli, Abruzzes, 1866 - ­ Naples, 1952), critique littéraire, historien et philosophe italien. Influencé principalement par G. Vico et Hegel, il a montré, dans le développement progressif de la liberté, le moteur du passé et l’idéal spirituel du futur : Philosophie de la pratique (1908), Bréviaire d’esthétique (1913), l’Histoire comme pensée et action (1938), etc.

(4) Kant — (jusque dans ses horaires), fut consacrée à la connaissance et à l’enseignement. Kant ne se propose pas de créer une science, une morale ou une métaphysique nouvelle : sa révolution critique est une interrogation sur la légitimité du savoir

(5) Averroès (Cordoue, 1126 ­ Marrakech, 1198), philosophe et médecin arabe ; commentateur d’Aristote. Sa doctrine, l’averroïsme, caractérisé par la théorie de l’éternité de la matière et celle de «l’intellect actif», intermédiaire entre Dieu et les hommes, fut condamné par l’Université de Paris, par l’Église en 1240, par le Ve concile de Latran en 1513 (Léon X) et par l’orthodoxie musulmane.

(6) Saint-Augustin - Les Confessions (en latin Confessiones) est une œuvre autobiographique d'Augustin d'Hippone, écrite entre 397 et 401, où il raconte sa quête de Dieu. Il a donc un double but : avouer ses péchés et ses fautes directement à Dieu (confession au sens chrétien) mais aussi proclamer la gloire de Dieu. 

(7) C’est arrivé demain, film américain de René Clair (1943), comédie fantastique dont le héros peut chaque jour, de façon surnaturelle, lire le journal du lendemain; avec Dick Powell (1904 ­- 1963).

(8) Mimi Pinson - nouvelle de Musset (1845) : un étudiant en médecine très sérieux, Eugène Aubert, rencontre une grisette du Quartier latin, Mimi Pinson, dont il ne comprend pas qu’elle vive au jour le jour, sans souci du lendemain.

(9) Denys le Petit (en latin Dionysius Exiguus), né vers 470 dans la province romaine de Scythie mineure sur les bords du Pont-Euxin (actuelle Dobrogée, en Roumanie) et mort entre 537 et 555 à Rome, est un religieux chrétien érudit, installé à Rome de l'an 497 environ à sa mort, qui fut l'un des principaux « passeurs », à son époque, entre les chrétientés orientale et occidentale.

(10) Statues, p328.
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mardi 8 janvier 2019

Religion - Certificat d'instruction religieuse

Voici, approuvé par le Comité Catholique du Conseil de l'Instruction publique, le Certificat d'instruction religieuse reçu avec Grande Distinction le 18 mai 1962, en la paroisse Saint-Jean-Berchmans (Montréal).

Photo: Pierre Rousseau - © 2018
Archives Pierre Rousseau

Quelques autres dates «importantes» apparaissent aussi sur ce document:

27 mai 1962:  Profession de foi 
10 avril 1949: Baptême 
20 avril 1956: Première communion 
21 avril 1956: Confirmation

En cette église... Saint-Jean-Berchmans (Montréal)

Pourquoi le NOUS, dans « Nous, sousigné certifions que... » et « Nous, prêtre sousigné, attestons que... », alors qu'il n'y a qu'un seul nom ?

Certifier: authentifier (que j'ai subi avec G. D. l'examen de connaissances religieuses) par une personne compétente.

Attester: affirmer comme étant vrai en tant que personne fiable (que j'ai fait ma profession de foi solennelle et renouvelé mes promesses de vie chrétienne).

Subir: se soumettre de façon volontaire à...

Les 3V: Je suis la voie, la vérité et la vie.

Document signé par Omer et Edgar.
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dimanche 6 janvier 2019

Littérature française - Ludovic Morateur

En 1978, je notais dans mon journal:
3 juin 1978 Ludovic Morateur, Daninos
Pierre Daninos, Ludovic Morateur ou le plus que parfait,
Librairie Plon, 1970, Livre de poche 3638

Voici quelques passages relevés lors de cette lecture et quelques notes dans la marge:

En passant devant le lycée qui l'a formé, Janson-de-Sailly, il observe, une fois de plus, que le bleu du drapeau français, sous l'effet des averses, bave sur le blanc grisâtre - désolant, mais c'est un fait : notre bleu ne tient pas. Quant à lui, il se donne une bonne note. Pourrait mieux faire, sans doute, mais professionnellement, c'est une réussite : 17 sur 20. Il déplore que cette ère de surenchères verbales et de folie mathématique, qui cultive le chiffre au point qu'un rasoir se vend mieux s'il est 708 et un Boeing 747, ôte aux bons élèves la stimulante joie d'être dans les cinq premiers pour les noyer dans l'anonymat de groupes A, B, C, D, E. Enfin... il lui faut s'y faire, et il doit s'habituer, si un jeune homme lui envoie sans raison son poing en pleine figure, à ne pas répondre par retour, mais plutôt demander à l'adolescent, avec sa carte d'antécédents, s'il n'a pas été traumatisé par une mère abusive. Dans un monde restructuré où la pluridisciplinarité fait rage, il est normal que les traumatismes atteignent la fréquence des motivations. La simple cause désuète est remisée au garage des mots simples - qui connaîtront peut-être un jour la vogue des vieilles voitures. 6

Comment M. Morateur s'élèverait-il contre la magie du verbe même s'il y décèle le virus d'une technologie aux complications malignes ? 7

Il a déjà trouvé un nom, un nom qui comment par L, comme le veut la tradition (...) 8

Quelle présomption de se dire, sans savoir, les seuls êtres pensants? 9

De qui  Ludovic Morateur tient-il ces craintes puériles? 11

Avoir l'air de... Si important en France, où le ridicule, s'il ne tue plus personne, fait encore peur. 13

(...) fixer son choix... 22

Surtout avec une femme dont les lectures et l'écoute de R.T.L. développent, curieusement, le goût de la liberté chez les autres. 26

«Dépassé», tout cela, par le reste, par les us d'une époque qui passe son temps à se dépasser. 28

(...) où le silence et la solitude étaient devenus les vrais signes de l'indépendance et de la richesse. 35

Les hommes changent moins que leurs paradis fiscaux. 35

(...) cette société qui consommait déjà beaucoup avant d'être étiquetée de consommation. 37

C'est quelque chose tout de même, le jeu de cache-cache des choses, et ces choses qu'on retrouve en cherchant autre chose... 38

Tout de même, on a beau ne jamais être unique en son genre, M. Morateur, égocentriste, n'était pas, comme tant d'autres, porté à faire attendre quelqu'un parce qu'il le sentait pressé. Lorsqu'il voyait un conducteur guetter la place qu'il s'apprêtait à laisser dans une rue de Paris, cela ne lui donnait pas immédiatement envie de passer la plage arrière à l'aspirateur ou de consulter son carnet d'adresses. Il n'aimait pas faire attendre. Il eût donc aimé que les autres en fissent autant. Avait-il une tête, ou une voiture, à rappeler soudain aux autres qu'ils avaient oublié quelque chose ? Très souvent, quand il se présentait pour prendre la succession d'un  conducteur sur le point de démarrer, celui-ci, l'ayant vu, cherchait sous son tableau de bord quelque chose d'introuvable, ajustait son rétroviseur, nettoyait son pare-brise, feuilletait son calepin, enfilait ses gants et, s'il n'avait vraiment rien d'autre à faire, quittait à regret la place qu'il occupait, comme s'il se fût agi d'une propriété privée chèrement acquise. 40

Note: dans la marge: nombres 10 , 7 page 59

(...) qu'au pays de la logique et du bon sens, lorsqu'un automobiliste en percute un second, celui-ci devient un tiers. 64

(...) pour honorer un homme dont le cœur avait cessé de battre, on donnait son nom à une artère. 64

Étendue sur le lit à baldaquin, penchée au balcon sur l'eau du Grand Canal où les gondoles de lune de miel glissaient parmi les cageots, les tessons de bouteille et les épluchures d'oranges, Ludovic-Pygmalion lui apprenait de but en blanc, grosso modo,  à brûle-pourpoint, comment, au pays de la savonnette, de la patinette, des grandes fillettes, on changeait son fusil d'épaule, c'était chouette. Comment d'une pierre on pouvait faire deux coups. Et comment, en changeant son fusil d'épaule, on faisait flèche de tout bois.
Évidemment ça lui en bouchait un coin. Elle restait paf... baba, c'est-à-dire comme deux ronds de flan.
De nouveau, elle donnait sa langue au chat ; de nouveau, il l'embrassa. Ça lui pendait au nez comme un sifflet de deux sous. Mais ce bois, toujours ce bois... le bois dont on fait les flèches, la gueule, les flûtes, le bois du bois, avec sa biche aux abois...
- Dis-moi, Morateur adoré... Ce bois que vous vous chauffez avec, c'est quoi ? Tu veux pas expliquer moi ?... Would you dear... per piacere...
Il expliquait. Il expliqua. Elle aurait tant voulu  rien qu'une fois, mais une fois pour toutes, quels sont donc ces bâtons dont on rompt la conversation, ces gonds dont souvent nous sortons ces lapins que nous nous posons... Sans décrocher la lune, ni même attendre qu'un chameau passe par le chas d'une aiguille, elle aurait voulu, une fois, voir un pourpoint qu'on brûle, une fenêtre d'où l'argent se jette, une alouette tombant rôtie dans un bec, et un Monsieur qui, ayant tiré le diable par la queue, finit par ronger son frein en montant sur ses grands chevaux (plusieurs à la fois, c'est pas formidable ?) tout en prenant le mors aux dents.
- Un seul, notait Ludoviking, c'est tout l'art, et tu sais, ça donne un drôle de fil à retordre!
-- Retördre ? Moratür... Comme c'est pointu!
Vue de cette chambre vénitienne, la France apparaissait à Britt, les yeux fixés au plafond sur Europe enlevée par Jupiter dans un grand mouvement de jupons, comme un champ gigantesque où les gens passaient leur temps à couper les cheveux en quatre, les poires en deux, en en gardant une pour la soif, à couper court, à se couper l'herbe sous le pied, à chercher des aiguilles dans des bottes de foin, à ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, à ruer dans les brancards et finalement, passant du coq à l'âne, à tomber les uns sur les autres à bras raccourcis...
Ah ! comme Venise était belle ! Comme la France paraissait drôle quand Britt essayait de l'apprendre ! 77

Le loisirama (...) 92

Car Noël, pour M. Morateur, (...) 113

(...) mais on vit qu'une première fois. 179

Photo: Pierre Rousseau - © 2018
Archives Pierre Rousseau
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samedi 5 janvier 2019

Les mains ravisseuses - Épilogue

Après avoir été maintes fois refusé par les éditeurs (en 2001 et 2002)*, j'ai relu mon manuscrit Les mains ravisseuses. J'ai écris ce texte le 7 janvier 2003:
Je me force à écrire, comme je me contrains à être heureux. Pas que je sois malheureux quand je n’écris pas, c’est plutôt une absence de plénitude, comme un anxieux qui, voulant viscéralement parler, se tait.
Écrire n’est pas facile. Il y a des pièges. Parfois, je m’abuse moi-même en prenant un «­si» pour un adverbe d’affirmation, alors que j’introduis une principale au conditionnel. «Si je voulais…»
Mais, qu’est-ce que je veux vraiment ? Je ne suis pas un bâtisseur de cathédrales, encore moins un faiseur de miracles. Je n’en ai pas l’envergure.
Les lettres sont si petites. Écrire le mot «cathédrale» n’aura jamais l’ampleur des gestes des charpentiers et des maçons ; le mot «larme» ne goûtera jamais le sel ; le mot «main» n’a jamais touché mon front.
Heureusement, il y a des prodiges : je peux écrire le mot «été» et être sous la neige, écrire le mot «soleil» et être sous la pluie. Mais, jamais je ne pourrai écrire le mot «ici» et être ailleurs, encore moins écrire le mot «mort»... et l’être. 
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jeudi 3 janvier 2019

Philosophie - Héraclite d'Éphèse

Voici les soulignements, notes et commentaires écrits dans les marges, en lisant (1968) les Trois présocratiques - Héraclite, Parménide, Empédocle, de Yves Battistini.


Yves Battistini, Trois présocratiques: Héraclite, Parménide, Empédocle,
Gallimard, idées 158, 1968

HÉRACLITE D'ÉPHÈSE

Héraclite, il ne faut pas l'oublier, voit ce qu'il pense: les mots, pour lui, vivent et sont aussi réels que les objets, ils en ont toutes les qualités sensibles. 18

Il faut se garder d'oublier qu'Héraclite est poète autant que philosophe, qu'il vit intensément et presque sensuellement en communion avec la Nature, comme lui vivante, comme lui intense, et comme elle il est multiple, secret, mystérieux. 22

(...) d'un déterminisme du destin et du devenir. 23

5- En vain tentent-ils de se purifier en se souillant de sang, (...) 30

8- Si toutes choses devenaient fumée, nous connaîtrions par les narines. 30

26- Ils méconnaîtraient le nom de Justice si de telles injustices n'existaient pas. 33

39- C'est une sage déviance que de cacher les profondeurs de son savoir. 35

40- Ceux qui ne comprennent pas ce qu'ils entendent, ressemblent à des sourds. C'est par eux qu'est justifié le proverbe: «Présents, ils sont absents.» 35

45- Un savoir multiple n'enseigne pas la sagesse. 36 Note dans la marge: noumen

46- Il n'existe qu'une seule sagesse: connaître la Pensée qui pilote toutes choses à  travers tout. 36

51- J'appelle la présomption un mal sacré et la vue un mensonge. 37

56- Le Tout est (un) ... 37

57- Ils ne comprennent pas comment les contraires se fondent en unité (...) 37

59- Le temps de notre vie est un enfant qui joue et qui pousse des pions. C'est la royauté d'un enfant. 38

71- Vivre de mort et mourir de vie. 39

81- Croyances des hommes: divertissements d'enfants. 41

92- Il faut savoir que l'univers est une lutte, la justice en conflit, et que tout le devenir est déterminé par la discorde. 42

101- Les hommes, à l'état de veille, ont un seul monde, qui leur est commun. Dans le sommeil, chacun s'en retourne à son propre monde. 43

109- Mieux vaut cacher sa déraison: mais c'est difficile, dans la débauche et l'ivresse. 45

115-Je me suis cherché moi-même. 45 - Note dans la marge: Alpha B

117- Ce sont les hommes qui ont conçu le juste et l'injuste. 46 - Note dans la marge: délimité

125- La maladie fait de la santé une joie: ainsi font le mal pour le bien, la faim pour la satiété, la peine pour le repos. 47

127- La pensée est universelle. 47

130- La connaissance de soi-même et la sagesse sont permises à tous les hommes. 47

141- Le froid s'échauffe, la chaleur se glace, l'humidité se dessèche, l'aridité se mouille. 49 - Note dans la marge: 2 traits verticaux.

148- L'homme est naturellement privé de raison. 50 - Note dans la marge: H (Héraclite) n'aime pas Homère («Homère mériterait d'être chassé des jeux publics et de recevoir la bastonnade...»)

Feu - Air - Eau - Terre

159  Le destin dans son essence auto-destructrice ne s'explique pas: les lois sont régis (sic) par un «HAZARD» (sic) (prémédité?)

(159- Il existe absolument des lois du Destin.) 58 - Note dans la marge: L'éternel recommencement (pulsation)

S'exprimer à l'aide de symboles, sans prononcer un mot, n'est-ce pas gagner louange et admiration toute particulière? Ainsi, Héraclite, invité par ses concitoyens à parler sur la concorde, monta à la tribune et, prenant une coupe d'eau fraîche, il y mêla de la farine d'orge, en remuant le breuvage avec un brin de pouliot. Puis il but, et s'en alla. Il leur montra ainsi clairement, qu'en se contentant de l'ordinaire et en renonçant au luxe, l'on maintient les cités dans la paix et la concorde.

10- [22 A 3 b] Thémitius (de Paphlagonie, sophiste; au ive siècle apr. J.-C.) : De la Vertu.
[Analyse de ce passage. Les Éphésiens sont assiégés par les Perses ; ils n'en continuent pas moins à mener joyeuse vie. Mais un jour les vivres viennent à manquer. L'assemblée du peuple est convoquée : personne n'ose proposer aux habitants d'Éphèse de modérer leur train de vie. Seul, « un homme du nom d'Héraclite ›› prit du gruau d'orge, le délaya dans de l'eau et l'avala. Le peuple comprit la leçon. Les assiégeants, apprenant qu'ils avaient écouté le conseil d'Héraclite, désespérèrent de prendre la ville par la faim, et firent retraite devant « le gruau d'Héraclite ».] 65

Héraclite affirme que tout arrive par la loi du Destin, qui est identique à la nécessité. 69 -  Note dans la marge: La nécessité du Destin se retrouve dans son immuable intégrité. Cf «Le destin» 12/7/68

(131) Or cette loi rationnelle qui détermine l'univers, cette loi divine qui dans la mesure où nous participons à elle, nous rend aptes à raisonner, Héraclite en fait le critère du Vrai. Il en résulte que ce qui apparaît à tous les hommes est vraisemblable (car c'est la loi commune et divine qui le tient), alors que ce qui arrive à tel individu particulier est indigne de foi par le motif opposé.

(132) En effet, au début de son livre De la nature, notre auteur, montrant en quelque sorte l'Univers qui nous entoure, dit : «  Or l'éternelle vérité de ce Verbe n'est pas comprise par les hommes ni avant qu'ils l'aient entendue ni lorsqu'ils l'entendent pour la première fois. Et bien que l'Univers, dans son devenir, lui obéisse, les hommes ressemblent à des ignorants quand ils s'exercent à des paroles et à des actes pareils à ceux dont moi, distinctivement, je découpe et explique ici la nature contradictoire. Les autres, eux, n'ont aucune conscience de leur conduite dans (etc.)

77 - Note dans la marge: Vérité absolue universelle; vérité absolue individuelle

Héraclite affirme, en termes clairs, que l'homme est privé de raison et que seul le milieu ambiant en est pourvu. 78 - Note dans la marge: Comment définir le milieu ambiant? L'homme pense parce qu'il est dans ce milieu?

(le but de la vie) c'est la satisfaction. 83

Car il n'y aurait pas d'harmonie, sans le grave et l'aigu, ni de vie sans mâle et femelle: ce sont là des contraires. (philosophie d'Héraclite) selon laquelle toutes choses sensibles s'écoulent perpétuellement et ne peuvent être l'objet de science. 85

Les hommes ne savent pas deviner l'invisible à l'aide du visible. Ils ignorent que leurs arts imitent la nature humaine. 86

La nature suffit totalement à tout. 87

La route qui monte et descend est une. 87 - Note dans la marge: contraire - similitude

89 - Note dans la marge:  le mythe du feu (au marchand): J'exhorte tous les hommes, acheteurs ou non, à pleurer. 89

90 - Note dans la marge: Sujet: le temps à rebours.

On s'étonne toujours de ma tristesse, on ne s'étonne jamais de la méchanceté des hommes. 94

97 - Note dans la marge:  le mythe de l'eau


Photos: Pierre Rousseau - © 2018
Archives Pierre Rousseau
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mercredi 2 janvier 2019

Philosophie - Empédocle d'Agrigente

Voici les soulignements, notes et commentaires écrits dans les marges, en lisant (1968) les Trois présocratiques - Héraclite, Parménide, Empédocle, de Yves Battistini.


Yves Battistini, Trois présocratiques: Héraclite, Parménide, Empédocle,
Gallimard, idées 158, 1968

EMPÉDOCLE D'AGRIGENTE

146 - Note dans la marge:  un initié?

(...) le feu, l'air, la terre, l'eau 146 - Note dans la marge:  page 190 

Identifiant le sujet et l'objet, Empédocle se meut poétiquement dans un univers où toute féerie est possible, où les contraires abolis cessent de borner le temps et l'espace du corps et de la pensée. 151

Car du néant rien ne peut absolument venir à l'existence. 157 - Note dans la marge:  page 189

Les éléments restent ce qu'ils sont: ils ne font qu'échanger leurs métamorphoses, bondissant les uns au travers des autres, éternellement semblables en leur être. 159 - Note dans la marge:  rien ne se perd, rien ne se crée.

Deux ou trois fois il convient de dire mon beau secret. 162 - Note dans la marge:  secret init. ?

Se pourrait-il qu'il n'y ait pas de fin à la profondeur de la terre, et à l'immensité de l'éther, comme tant de mortels l'affirment en un flot de vaines paroles sans rien voir du grand Tout. 166 - Note dans la marge:  qui est-ce?

Êtres aux pieds tournant pendant la marche, et aux mains innombrables. 169 - Note dans la marge:  extraterr.? figure

Comment Cypris autrefois, après avoir mouillé la terre de longues pluies, donna au feu rapide le soin de durcir les corps qu'elle modelait... 171 - Note dans la marge:  déluge

Autrefois, je fus déjà garçon et fille, buisson, oiseau, muet poisson dans la mer. 181 - Note dans la marge:  vrai scientifiquement.

Maudite, misérable race des mortels, ô privée de bonheur, quelles luttes, quels gémissements ont conduit ta naissance? 183 - Note dans la marge:  pessimisme morbide.

Toutes créatures étaient apprivoisées et douces à l'homme, les bêtes sauvages comme les oiseaux; la flamme de l'amitié resplendissait. 184 - Note dans la marge:  Eden - Toujours le mythe du paradis perdu. Quel est ce paradis? Alpha-A-1.

185 - Note dans la marge:  Ref. «Le miroir de la vie» nostalgie du sein maternel: chaleur, quiétude (verso) l'utérus: un monde de sécurité. Le vagin: sortie, naissance dans un monde hostile: inconscient universel: retourner au sein maternel. Écrit 12 sept 1968

189 - Note dans la marge:  Ref.: «Le messager du néant»
- D'où venez-vous?
- Du néant.
- Que faisiez-vous dans le néant?
- J'existait (sic).
int. per. écrit 10 sept 68

190 - Note dans la marge: 
Terre > solide
eau > liquide
air > gazeux
feu > plasma
connaissances scientifiques innées, inconscientes
ou apport d'une civilisation préhistorique (100 000 ans) (théorie Charroux)

206 Mot souligné dans la page: l'Amour - Note dans la marge:  L'Amour: ce qu'il y a de plus important au monde. Amour = vie

(...) on trouvera que l'Amour est la cause du Bien et la Haine la cause du Mal. 211

An. Déplacement des pôles quand l'air a cédé à l'effort du soleil: le nord s'est élevé, le sud s'est abaissé. 216 - Note dans la marge:  > science (Deux lignes verticales) dép. pôles: sc. étudié

(...) force centrifuge. 219 - Note dans la marge:  inexistante

Il me paraissait magnifique de chercher à connaître les causes de toute chose, de la naissance, de la destruction, de l'existence. 223

(...) de s'abstenir de toute nourriture animale, et déclaré que c'était une impiété de rougir l'autel des Bienheureux du sang chaud des victimes. 232 - Note dans la marge:  Boud

234 - Note dans la marge:  métempsychose


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mardi 1 janvier 2019

Philosophie - Parménide d'Élée

Voici les soulignements, notes et commentaires écrits dans les marges, en lisant (1968), les Trois présocratiques - Héraclite, Parménide, Empédocle, de Yves Battistini.


Yves Battistini, Trois présocratiques:Héraclite, Parménide, Empédocle,
Gallimard, Idées 158, 1968

PARMÉNIDE D'ÉLÉE

(...) à faire cette concession qu'une chose pouvait être impossible à penser et ne pas moins exister. 106

107 Note dans la marge: Les découvertes scientifiques justifient cette conception de «l'impossible possible». 

Même chose se donnent à penser et à être (...) 112

112 Note dans la marge: Le non-étant existe dans sa définition même.

(...) ainsi, d'être infini  l'étant n'a pas le droit: il ne manque de rien; inachevé,  il manquerait de tout. 115

Puisque tout a été nommé lumière et nuit, puisque les noms qui relèvent de leurs puissances furent appliqués ici et là, tout est plein à la fois de lumière et de nuit sans clarté, égales toutes deux, car à l'une ou à l'autre s'il ne s'est point soumis, rien n'est possible. 117

À droite, dans le ventre fécond, les garçons; à gauche les filles. 119 - Note dans la marge: ?

119 Note dans la marge: Interprétation gratuite ou valeur symbolique

121  > déceler les valeurs symboliques. ALPHA
Parménide fut  le premier à démontrer que la terre est sphérique (Note dans la marge:  vrai) et placée au centre de l'univers. (Note dans la marge:  faux) 121

Il y a, dit-il, deux éléments: le feu et la terre. 122

Ainsi donc, l'être, selon Parménide, est inengendré. D'autre part,  la terre vient de l'air épais qui tombe vers le bas. 128

(...) le Tout est un, éternel, inengendré, sphérique, (...) 129 - Note dans la marge:  (un renvoi) à la page 140. Le monde, ajoute-t-il, va à sa perte, mais comment? il ne l'explique pas. 139 - Note dans la marge:  question que les philosophes contemporains se posent intensément.

8- [28 A 8] SIMPLICIUS : Phys., 28, 4. Leucippe d'Élée, ou de Milet (car l'on affirme l'un et l'autre), d'abord compagnon de Parménide en philosophie, ne suivit pas ensuite la même route - dans son explication [de l'être] de l'existant, que Parménide et Xénophane, mais, semble-t-il, une route contraire : alors que ceux-là font le tout un et immobile, sans naissance et parfait dans son achèvement, et refusent même de s'enquérir du néant, - lui, a imaginé les atomes, éléments de l'univers, en nombre infini et toujours en mouvement. 125
Parménide et Mélissos détruisent naissance et anéantissement en pensant l'univers immuable. 131

(...) selon eux, il n'y aurait pas d'être vivant privé de raison. 131 - Note dans la marge:  voir page 136

Page 136:

139 - Note dans la marge:  Quelques observ. astro. exactes d'autres fausses (les sens sont trompeurs).

140 Notes:
un = unité éternelle = sans fin engendré = sans fin (puisque n'ayant pas de commencement) sphérique = sans commencement ni fin unité = éternité ? = néant
parallélisme universel ?


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